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Paysage © peupleloup (flickr)

Comment vos données participent à l’inventaire du patrimoine national

Sciences participatives

 

2,2 millions de vos données viennent d'être intégrées à l’INPN !

 

Comme souvent expliqué sur ce blog, les observatoires de Vigie-Nature permettent aux chercheurs du Muséum de mener des suivis d’espèces communes dans le temps long et à large échelle spatiale. Mais les données que vous récoltez sont également transmises à l’INPN, l’Inventaire National du Patrimoine Naturel, dont la mission consiste à faire « l'inventaire des richesses écologiques, faunistiques, floristiques, géologiques, minéralogiques et paléontologiques » en France métropolitaine et ultra-marine. A partir de la littérature scientifique, grâce à de nombreux naturalistes, associations locales ou encore aux collections du Muséum, l’INPN a pu constituer en plus de dix ans une gigantesque banque d’information sur la biodiversité nationale. Il devient peu à peu possible d'accéder à des listes d'espèces par commune, ou par maille 10 × 10 km.

16% des oiseaux, 8% des insectes de l’INPN 

Ainsi venons-nous de recevoir le rapport d’intégration des données de 9 observatoires de Vigie-Nature (1). Quelques chiffres d’abord. Notre programme a fourni plus de 2 millions de données collectées par 1879 observateurs et 17 organismes relais. De par notre large couverture spatiale, l’INPN dispose d’informations supplémentaires sur 1856 communes dont certaines sortent du lot comme Fontainebleau, pourvoyeuse de quelques 11 798 données. En regardant de plus près cette ville, on s’aperçoit que l'essentiel émanent du STOC (Suivi Temporel des Oiseaux Communs) auquel participent un réseaux dynamique d’ornithologues amateurs. Bravo à eux !

Zoomons sur les observatoires. Le STOC, le plus ancien programme qui fête ses 30 ans cette année, apporte le gros du cortège en dépassant le million de données (1 610 076). Sans commune mesure, le STERF (Suivi Temporel des Rhopalocères de France) dépasse tout de même la centaine de milliers de données envoyées (140 001). Côté grand public, le SPIPOLL (Suivi Photographique des Insectes Pollinisateurs) confirme son dynamisme avec pas moins de 185 499 données photographiques d’insectes et d’araignées floricoles.

Ainsi le STOC, le SHOC (Suivi Hivernal des Oiseaux Communs) et BirdLab permettent à Vigie-Nature de contribuer à 16% de l’ensemble des données « oiseaux » de l’INPN. Avec 11 6634 mentions, le merle noir est en tête de liste. S’ensuit le pinson des arbres, la fauvette à tête noire ou encore le pigeon ramier. Des oiseaux mais aussi des insectes ! En effet le SPIPOLL et le STERF fournissent près de 8% des données « insectes ». Les plantes sauvages de Vigie-Flore arrivent juste après. Notre plus-value se situe là, dans cette capacité à fournir des informations sur des espèces communes. Car paradoxalement, ces dernières sont peu abondantes dans les bases de données de l’INPN, souvent négligées par les naturalistes plus enclins à suivre les espèces remarquables.

Merle_noir© fjiguet-MNHN

Le merle noir, espèce la plus mentionnée dans le jeu de données de Vigie-Nature

 

Les données passées au crible de l’INPN

Avant d’obtenir ces résultats quantitatifs, vos données ont dû préalablement passer une batterie de tests visant à vérifier, corriger parfois, les potentielles erreurs. Un contrôle automatique, d’abord, s’assurant que les différents champs sont correctement renseignés au moment de la saisie. Malgré votre rigueur, des fautes peuvent en effet filtrer (géolocalisation, noms d’espèces etc.). On scrute également la cohérence des données : la date de début d’observation est-elle bien antérieure à la date de fin ? La donnée fournie est-elle bien sur le territoire français ? Des erreurs somme toute marginales : cette fois 99.63% des données Vigie-Nature sont conformes et cohérentes.

Après ces vérifications, les données passent au crible d’un système de validation regardant la fiabilité scientifique, c’est-à-dire leur degré de confiance. Pour ce faire, le Système d’Information sur la Nature et les Paysages (SINP) mais également des experts comparent les données aux référentiels de l’INPN. En particulier le référentiel TAXREF, qui contient les noms de l'ensemble des êtres vivants recensés sur le territoire national. L’objectif : détecter des irrégularités, comme un taxon observé en dehors de son aire de répartition. Dans le rapport, par exemple, il est fait mention d’une abeille domestique en… milieu marin. Une erreur rapidement détectée. Mais attention cependant : « une alerte peut signifier que la donnée est peu plausible mais aussi que le référentiel utilisé n’est pas à jour. » En effet, d’après Solène Robert, responsable données à l’INPN, « c’est arrivé qu’on détecte un taxon, qu’il apparaisse comme une erreur alors qu’en fait c’était une espèce jamais référencée dans ce milieu. C’est assez fréquent avec les espèces introduites. » Une donnée incohérente n’est donc pas mise à la poubelle, simplement « mise en quarantaine » par l’INPN. Elle ne sera pas diffusée, sauf si une expertise complémentaire vient à la valider a posteriori.

Il arrive par ailleurs que les seules mentions d’un taxon dans l’INPN proviennent de Vigie-Nature. Cette fois-ci, Rubus caeresiensis, une espèce de ronce, a été mentionnée 10 fois par les Vigie-Floristes exclusivement. Seuls les spipolliens ont également déniché par leurs photos un minuscule hyménoptère, Nomioides minutissimus (photo ci-dessous)

nomioides_minutissimus © mathieu.opie

 L'hyménoptère nomioides minutissimus pris en photo lors d'un spipoll. Une donnée inédite pour l'INPN. Par mathieu.opie en 2017 dans les Bouches-du Rhône. 

 

Du ministère à l’international

Une fois dans l’INPN, les données validées de Vigie-Nature (95.23% du jeu transmis initialement) sont diffusées en libre accès sur son site internet. Le programme publie aussi régulièrement des rapports et bulletins sur le statut, la répartition des espèces, leur abondance à l’échelle locale, nationale, dans les zones protégées… En effet, « les programmes de VN sont conçus pour répondre à des questions de recherche, mais les données sont ensuite mises à la disposition des collectivités, ONG, organismes de recherche. L’accès aux données se fait sur demande, afin que nous sachions ce qui en est fait. Si l’objectif n’est pas conforme à l’éthique de VN, nous pouvons toujours refuser » explique Benoît Fontaine, responsable des observatoires naturalistes à Vigie-Nature.

Le rôle de l’INPN est aussi d’informer le grand public sur l’état de santé de notre patrimoine naturel. Une communication, qui repose sur la réalisation de plaquettes, de publicités, d'expositions et par sa présence à des évènements autour de la gestion et la conservation de la nature. Enfin vos données ont une dimension internationale puisqu’elles rejoignent le Système mondial d'information sur la biodiversité (GBIF).

Si aujourd’hui « le jeu de données Vigie-Nature contribue pour 3% au nombre total de données actuellement diffusées dans l’INPN », la croissance de notre programme nous confère une place grandissante :  11% pour les données de moins de 5 ans. Une autre manière de valoriser votre travail.

 

logo_inpn-l.png

 

(1)Vigie-Flore, SPIPOLL, Vigie-Chiro, BirdLab, STERF, PROPAGE, STOC-EPS, SHOC, STELI