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Opération papillons : les participants ont changé leurs pratiques au cours du temps

Sciences participatives

 

 

Pour la première fois à cette échelle, les chercheurs ont pu montrer que la participation à l’Opération papillons entraîne une modification des pratiques de jardinage. Compter les papillons chaque année conduit à l’adoption de comportement vertueux pour la biodiversité.

 

Que les sciences participatives telles que pratiquées à Vigie-Nature améliorent nos connaissances de la biodiversité et des écosystèmes, nous l’avons maintes fois démontré ici-même. Que les expériences de nature ainsi vécues influencent notre rapport à l’environnement, c’est entendu. De là à entraîner des changements concrets de comportements dans notre quotidien ? Rares en sont les démonstrations scientifiques. En 2012, Alix Cosquer fut l’une des première à entrevoir ces effets à long terme sur les compteurs de papillons. Suite à une série d’entretiens avec 30 volontaires de l’Opération papillons, elle décrivait comment la participation au programme avait modifié leurs pratiques de jardinage, celles-ci devenant plus vertueuses au fil du temps. Une récente méta-analyse, parvenait, en s’appuyant sur seulement quelques études internationales, à la même conclusion : observer, référencer le vivant dans la nature nous pousse à la conservation.

Cette fois, changement d’échelle. L’étude conduite par Nicolas Deguines, publiée dans Science of the total Environnement, a suivi 2 300 participants à l’Opération papillons, répartis dans toute la France entre 2006 et 2013. Pour analyser les pratiques et leur évolution, les chercheurs se sont appuyés sur les renseignements envoyés tous les ans par les observateurs sur leur propre jardin. Pour évaluer la qualité écologique de ces jardins, deux indicateurs ont été choisis :  la quantité de pesticides utilisée et la quantité de plantes riches en nectar présentes.

Les papillons comme de nombreux pollinisateurs pâtissent fortement de l’urbanisation. Ils trouvent ainsi refuge dans les jardins comme nous l’expliquait ici Marine Levé. D’où l’importance de leur garantir une offre en nectar suffisante, le principal aliment des adultes. Certaines plantes sont des productrices conséquentes comme la lavande, les ronces, les trèfles et attirent particulièrement les insectes. Mais la nourriture ne fait pas tout, car une fois au cœur du jardin, une autre menace guette les lépidoptères : les pesticides. Non seulement ces produits, lorsqu’ils sont utilisés comme désherbant, détruisent les plantes adventices (potentiellement nectarifères), mais ils viennent surtout contaminer directement les pollinisateurs volants. L’utilisation de produits phytosanitaires, même à petite échelle, s’avère extrêmement dommageable pour la biodiversité. Selon une étude que nous avons menée en 2015, une réduction de 50 % des pesticides dans un jardin privé multipliait par deux l’abondance des papillons. 

Vanessa©Fontaine

 

Des jardins plus accueillants

La quantité de plantes riches en nectar et la consommation de pesticides ont donc fait l’objet de suivis dans les jardins des participants. Entre la première et la huitième année, les chercheurs ont observé ces deux évolutions :

1) Une augmentation moyenne de près de 14 % des ressources en nectar dans les jardins. Pour la majorité (hormis les ronces et les trèfles) le sésame provient d’espèces semées ou plantées par les participants : arbres à papillons, centaurées, la lavande ou encore des plantes aromatiques comme le thym ou le romarin (1).

2) Une nette diminution de l'utilisation des pesticides. En présence d’un potager, on constate une baisse de 23 % des pesticides, 78 % en leur absence. En présence d’arbres fruitiers, on constate une baisse de 37 % et 73 % en leur absence.

Si les participants cultivateurs ont plus de difficulté à abandonner les produits phyto, la baisse est tout de même notable. « Le fait que la participation ait pu provoquer une réduction de l'utilisation de ces produits chimiques dans un tel contexte est très prometteur » se réjouissent les auteurs. De plus, les adeptes des fruits et légumes possèdent des jardins plus fournis en nectar que les autres. « Cela pourrait être interprété comme un moyen pour les jardiniers d'attirer les pollinisateurs nécessaires à la pollinisation des cultures, soulignent-ils. Mais il se pourrait simplement que les jardiniers […] aiment cultiver des plantes et soient donc plus susceptibles de passer du temps à planter différentes espèces. »       

                                                                                                          
Outre la présence de cultures, une autre variable agît sur les indicateurs : la surface du jardin. Si les grands terrains possèdent davantage de ressources en nectar, dans le même temps les propriétaires lésinent moins sur les pesticides. Explication des chercheurs : "Cela semble être principalement dû à une plus grande application d'herbicides et de bouillie bordelaise, suggérant la volonté de maintenir la sécurité et l'ordre en contrôlant la végétation indésirable."

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La figure nous montre que la participation augmente la présence de plantes nectarifère et diminue les pesticides dans les jardins

 

L’expérience de nature, marche pied de la conservation

« À notre connaissance, c'est la première fois que la participation à des programmes de sciences participatives sur la nature est associée à la mise en œuvre d'actions en faveur de la biodiversité, en reposant sur un si grand nombre de volontaires, interrogés tous les ans, sur plusieurs années » souligne l’équipe de Nicolas Deguines.

Car bannir les pesticides et laisser pousser des plantes riches en nectar sont de véritables actions de préservation des écosystèmes. Même à l’échelle des jardins privés, dont la surface cumulée est loin d’être négligeable : 16 à 47 % de l’ensemble des espaces verts dans les villes européennes. Plus de la moitié en Ile de France ! Or ces petits puits de verdure jouent un rôle capital, en tant que refuge pour les pollinisateurs fuyant les terres artificielles et la pollution, mais aussi comme composants de vastes réseaux de circulation. Encore faut-il être conscient de ce potentiel écologique que renferment nos arrière-cours. Encore faut-il savoir comment rendre ces écosystèmes les plus efficients possible.

La pratique des sciences participatives nous conduit naturellement à cette prise de conscience et nous donne des moyens d’action. Les expériences de nature, avec leurs conséquences profondes sur l’individu, sont un marchepied pour la conservation. Sortir dans son jardin pour compter les papillons tous les ans, se poser des questions, expérimenter. Laisser les pesticides dans le placard, voir réapparaître pissenlit, trèfles, ronces. Observer des papillons et autres insectes pollinisateurs se délecter sur leurs fleurs. Des liens de causes à effets s’établissent dans notre esprit. Les comptages successifs nous les confirment. La mécanique vertueuse s’est enclenchée. Et souvent, nos pratiques s’améliorent.

Lire la publication 

 

 

(1) Listes des 8 plantes riches en nectar suivies pour l’étude, ainsi que leur score pour calculer l’indice de présence de nectar (Les plantes avec un score de 3 sont celles qui produisent le plus de nectar)

3 : Arbustes à papillons ( Buddleja spp.), centaurées ( Centaurea spp.), lavandes ( Lavandula spp .), ronces ( Rubus spp.)

2 : valérianes ( Valeriana spp.), trèfles ( Trifolium spp.) ou plantes aromatiques (par exemple, Rosmarinus officinalis / spp., Thymus spp.)

1 : géraniums ( Pelargoniumspp.)

 

Cette liste n’est évidemment pas exhaustive. Si vous souhaitez attirer les pollinisateurs, privilégiez les espèces locales – certaines pourraient même recoloniser votre jardin d’elles-mêmes si vous les laissez pousser.

 


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