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Plage_vivante © Christian_KERBIRIOU - MNHN

Plages Vivantes : le nouvel observatoire des hauts de plage

Sciences participatives

 

Vigie-Nature débarque sur les plages pour étudier et vous faire découvrir un écosystème fascinant : la laisse de mer

Algues, coquillages, mais aussi restes d’animaux, bois mort… au gré des marées et des intempéries les débris provenant de l’océan s’accumulent sur les hauts de plages. Fréquemment, des bandes sombres se dessinent alors, contrastant avec le sable. Gare aux apparences ! Lorsqu’elle n’est pas trop polluée, la "laisse de mer" renferme un écosystème unique. De nombreux insectes et crustacés s’y nourrissent d'algues et profitent d'un microclimat favorable... Avant de se faire dénicher par un Tournepierre à collier ou un Pipit maritime, ces oiseaux du littoral n’hésitant pas à venir picorer dans cet extraordinaire garde-manger. Les poissons en profitent également lorsque, à l’occasion de grandes marées, la mer remet en suspension toute cette petite faune. De leur côté, les microorganismes décomposent la matière organique et enrichissent le sable. "Cette matière organique apporte des nutriments aux plantes dunaires. La laisse de mer participerait ainsi au maintien du trait de côte" explique Christian Kerbiriou, chercheur au MNHN-Sorbonne Université.

Le protocole ALAMER

Aujourd'hui le littoral fait face à des enjeux considérables. Pollution, montée des eaux, érosion, surfréquentation : ces bouleversements menacent tous les écosystèmes côtiers. Afin de comprendre et de mesurer les impacts sur la biodiversité, une équipe du Muséum national d’Histoire naturelle à la Station Marine de Concarneau a mis sur pied l’observatoire Plages-Vivantes, en collaboration avec différents partenaires (1). L'objectif ? Proposer aux citoyens bénévoles d'explorer in situ cette fascinante laisse de mer. Et en particulier les algues, son principal composant, grâce au protocole ALAMER, applicable par tous, même sans connaissance aucune. L’exercice est simple : il faut identifier sur une laisse de mer les espèces d’algues présentes à l’intérieur d’un cadre d’un mètre carré. Pour ce faire, une clé de détermination fraîchement conçue permet de reconnaître une trentaine d'espèces ou groupes d'espèces, fréquentes ou rares selon la localisation. « Celles-ci diffèrent selon qu'on se trouve par exemple en Normandie ou au Pays Basque. Donc tout l’enjeu est d’adapter les protocoles aux différentes zones géographiques " précise Pauline Poisson, Chargée de mission du programme Plages Vivantes. Vertes, brunes, rouges ; filamenteuses, aplaties, frisées : l’exercice nous fait découvrir toute la diversité des algues marines.

Plage_vivante © Pauline_Poisson - MNHN

Le protocole ALAMER en application

 

Suivi des algues

A partir des données transmises par les participants à la station marine, les chercheurs tenteront de répondre à différentes questions de recherche. "Nous regarderons dans quelle mesure les espèces d’algues des laisses de mer diffèrent d’une plage à l’autre et comment leur proportion évolue au cours des saisons, explique Isabelle Le-Viol responsable du projet avec Christian Kerbiriou. A plus grande échelle, nous allons suivre leur distribution spatiale au cours du temps sur l’ensemble du littoral. Nous savons par exemple que le réchauffement de l'océan entraîne un glissement vers le nord de certaines espèces ". Mais quelles espèces sont concernées ? à quelle vitesse se déplacent-elles? Les algues de la laisse mettront en lumière de nombreux phénomènes et leur dynamique. Par exemple comment ces végétaux marins réagissent-ils à l'acidification des eaux ? A la pollution ?

Plages "blanches"

Le volet scientifique de Plages-Vivantes s’accompagne d’un autre volet centré sur l’humain. "Pour beaucoup d'enfants les algues c'est pas très joli, ça ne sent pas très bon... raconte Pauline qui adapte le protocole aux scolaires. Et puis quand ils voient par eux même toute la richesse du milieu et son importance fonctionnelle, ils changent leur regard." Outre la récolte de données, l’observatoire se donne pour mission de sensibiliser. Non seulement les enfants et le grand public mais aussi les gestionnaires des plages. "Aujourd’hui il y a une grande variété de modes de gestion, mais souvent le nettoyage des plages passe par le ramassage mécanique de la laisse de mer... Surtout l'été, de nombreuses villes souhaitent des plages toutes blanches pour accueillir les touristes" poursuit Christian. Or ce ramassage mécanique, non sélectif, encore largement pratiqué, a un effet non négligeable sur les organismes associés aux laisses, et donc sur le fonctionnement de l’écosystème des hauts de plages. Sans parler de la déstabilisation de cette zone, une des causes de l'érosion progressive du littoral… Plages-vivantes souhaite ainsi encourager les collectivités à adopter des méthodes plus respectueuses, et d'une manière générale faire évoluer notre perception des plages.

plage_vivante ©jean-francois_renaud_Flickr

Le nettoyage mécanique des plages peut affecter la laisse de mer et les espèces associées

Indicateur de la biodiversité sous-marine

Pour le moment le protocole ALAMER peut s'appliquer sur la façade maritime de la Normandie à l’Aquitaine et le sera très prochainement sur l’ensemble du secteur Manche-Atlantique. Les outils, notamment la clé d’identification, sont en cours d'adaptation à des secteurs comme le Pays Basque via une collaboration avec les partenaires locaux (2). Avant de s’étendre plus tard à la Méditerranée, voire aux régions d'Outre-mer. A terme, les chercheurs espèrent même pouvoir étudier... le fond de la mer ! En effet les algues de la laisse reflètent probablement la composition des habitats marins à proximité. "Etant donnée la grande variation en terme de composition des algues selon les sites, et sous l’hypothèse qu’elles viennent majoritairement de sites marins situés à proximité, il se pourrait que la laisse de mer soit également un indicateur de la biodiversité sous-marine." Ce n'est qu'une hypothèse pour l'instant, mais les scientifiques semblent bien décidés à approfondir le sujet.

Dans les prochaines années l'observatoire devrait élargir sa palette de suivis. Le petit deuxième en gestation, le protocole OLAMER, a pour but d’étudier la dynamique des oiseaux qui fréquentent la laisse de mer, à la recherche de nourriture ou d’une zone de nidification. Et ce n’est qu’un début ! Algues, oiseaux, mais aussi invertébrés, plantes… tous ces taxons pourront potentiellement intégrer le programme, l’idée étant de comprendre le fonctionnement général de cet écosystème étonnant.

Contribuez au maintien d’une plage vivante, rejoignez l’observatoire en vous rendant sur le site.

 

Hugo.

 

 

(1)Plages vivantes est un programme de sciences participatives du Muséum national d’Histoire naturelle, labellisé Vigie-Nature et Vigie-Nature École en partenariat avec Planète Mer ; Bretagne Vivante ; Aires Marines Éducatives ; Les Glénans ; CPIE Littoral Basque ; Institut des Milieux Aquatiques ; Centre de la Mer de Biarritz. Avec le soutien financier de la Fondation de France.


(2) CPIE Littoral Basque ; Institut des Milieux Aquatiques ; Centre de la Mer de Biarritz