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Hongrie © Pilgab

Sciences participatives : que se passe-t-il en Hongrie ?

Sciences participatives

 

Fin mai, nous étions invités par l’Institut français de Budapest pour présenter Vigie-Nature à plusieurs représentants d’instituts, associations, et autres auditeurs francophones curieux. J’y ai par ailleurs découvert quelques programmes de sciences participatives hongrois. Voici les 3 plus marquants. 

Parmi les pays le plus à l’est de l’Europe, la Hongrie possède un patrimoine écologique impressionnant. Parcs nationaux, forêts, zones humides et steppes semblables à celles qui tapissent les grandes plaines de l’Oural, la panonie connaît une diversité de milieux et accueille des espèces remarquables. On y trouve la plus grande population de loutres du continent, et des oiseaux comme la grande outarde ou l’aigle impérial qui attirent les ornithologues de l'Europe entière. « Dès les années 70, devant la raréfaction de nombreuses espèces d’oiseaux, l’état a mis en place de sévères mesures de régulation de la chasse, des plans de protection en particulier pour les rapaces. Résultat, les populations se sont reconstituées et les espèces rares hier sont devenues aujourd’hui communes » déclare Gergő Halmos, responsable de l’association ornithologique hongroise (La MME). Depuis son intégration à l’Union européenne, la Hongrie s’est également constituée un vaste réseau de sites Natura 2000 (plus de 20% de sa superficie) et s’est engagée, comme tous les pays membres de l'Union, à mettre les bouchées doubles en termes de conservation d’ici à 2020. C’est dans ce contexte, aidé par une forte tradition naturaliste et des associations dynamiques que les citoyens ont peu à peu pris part à l’effort collectif.

1 - Le « STOC Hongrois »

 

Oiseaux_Hongrie© MME Monitoring Központ

L'association hongroise d'ornithologie propose

des suivis d'espèces communes. L'équivalent de notre STOC.

Dès les années 70 de nombreux volontaires se sont impliqués dans la conservation des populations d’oiseaux, en installant par exemple des nids artificiels pour les rapaces. « Cet engouement citoyen arrangeait évidemment l’état dépourvu de suffisamment de moyens pour mobiliser des professionnels sur le terrain » reconnaît Gergő Halmos dont l’association faisait figure de pionnière dans la mobilisation des naturalistes hongrois.

Au départ axée sur les espèces rares et menacées, l’association s’intéresse dans les années 90 aux oiseaux les plus communs et décide de créer un premier observatoire de surveillance ouvert aux amateurs. Très semblable à notre STOC (Suivi Temporel des Oiseaux Communs), le MMM (initiales de Système hongrois de surveillance des oiseaux communs) consiste en des comptages dans un carré de 2,5 km de côté attribué aléatoirement par souci de bonne représentativité des milieux. « La méthode de comptage est simple! À chacun des 15 point d'observation sur le carré, il faut identifier et compter les espèces entendues ou vues dans un rayon de 100 mètres, pendant une période de 5 minutes » précise l’ornithologue. L’exercice doit être répété deux fois par période de nidification : entre le 15 avril et le 10 mai, et entre le 11 mai et le 10 juin, avec un minimum de 14 jours entre les deux jours d'enquête. 

Grâce à ces suivis, le MMM fournit des indicateurs écologiques sur l’état des populations et leurs habitats en Hongrie. Les données ont aussi apporté quelques résultats sur la dynamique des populations : « Nous avons constaté que les espèces d'oiseaux migrateurs de longue distance présentaient une forte tendance à la baisse en Hongrie et très probablement dans toute la région biogéographique de Pannonie (Plaine d’Europe Centrale dont fait partie la Hongrie, NDLR), alors que les oiseaux migrateurs partiels ou migrateurs courte distance présentaient des tendances à la hausse ». Des résultats que l’association n’hésite pas à brandir pour « promouvoir les valeurs naturelles et faire pression en faveur de la conservation de la nature, auprès des autorités gouvernementales et locales, ou d’autres ONG » précise-t-elle sur son site. Tout comme le STOC pour la France, le MMM fournit également les données de la Hongrie pour l’indicateur européen, L’European Bird Census Council (EBCC). Ce dernier impliquant 40 pays évalue la répartition et la démographie des oiseaux de manière à éclairer les efforts de conservation et de gestion à l'échelle de l'Europe.

Aujourd’hui l’association fait vivre cette grande tradition hongroise qu’est l’ornithologie. Non sans succès, d'ailleurs : « 1500 personnes nous envoient des données chaque année » se réjouit Gergő Halmos, en admettant tout de même que « contrairement aux programmes plus ponctuels, il reste difficile de maintenir l’enthousiasme sur la durée. » Ainsi les organisateurs rivalisent-ils d’imagination pour fidéliser les participants. Leur stratégie actuelle consiste à envoyer des cadeaux (télescopes de valeur, livres…) chaque année aux plus assidus. Ce, principalement pour « reconnaître le travail [des] membres qui s’engagent pour le programme MMM depuis plusieurs années. »

Après les ornithologues déjà fortement impliqués, le grand public a fait son entrée dans l’association : « Le premier programme s’est focalisé sur le cygne tuberculé, un animal qui touche les gens, et assez facile à repérer. On a donc proposé aux bénévoles de les signaler, de les compter et d’évaluer la taille des nids. » Depuis quelques années les activités se diversifient à destination du plus grand nombre, encouragé à protéger les oiseaux en fabriquant des nichoirs, des plateformes pour accueillir les cigognes ou encore en rendant le jardin hospitalier.  

Le site de l'association : http://www.mme.hu/mindennapi-madaraink-monitoringja-mmm

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2 - Suivi des limaces au Muséum d’histoire naturelle de Hongrie

 

Muséum Budapest © Zoltan Korsos

Le Musée hongrois d'Histoire naturelle à Budapest

Contrairement au STOC dont les données sont exploitées au Muséum de Paris, les données du MMM restent analysées en interne. « Le Muséum de Budapest n’a pas de grande tradition en ornithologie » confie Gergő Halmos. Même si notre homologue hongrois n’a pas notre histoire en termes de sciences participatives, quelques programmes impliquant les citoyens ont émergé ces dix dernières années. Le plus notable porte sur une espèce invasive en train d'envahir toute l’Europe et même les Etats-Unis : la loche méridionale (Arion lusitanicus).

Originaire de la péninsule ibérique et du sud-ouest de la France, cette limace à la couleur brune continue de se répandre à grande vitesse vers l’Est. Pour répondre à l’invasion démarrée dans les années 2000 - probablement transportées involontairement -, le Muséum d’histoire naturelle de Budapest a lancé un vaste programme visant à évaluer la dynamique et la distribution de l’espèce dans tout le pays. « Nous avons proposé aux citoyens de nous envoyer des photos de la limace lorsqu'ils la rencontrent dans leur jardin. Et les dix premiers jours, nous avons reçu quelques 900 enregistrements ! » se souvient Zoltan Feher, chef du Département de zoologie au Muséum d’Histoire naturelle de Hongrie.

Grâce à ces données, les chercheurs ont pu montrer que le mollusque se répartit actuellement surtout dans l’ouest et le nord du pays. « Nous voyons que finalement que la limace ne se déplace pas tellement à travers le pays, peut-être à cause des précipitations ou du sol. Elle reste en effet assez rare dans le sud et l’est de la Hongrie. » A termes les résultats pourront appuyer des plans d’actions contre cette espèce envahissante, surtout dans un contexte où l’intensification générale des activités humaines menacent sérieusement les mollusques terrestres en Hongrie.

A côté de ce programme de surveillance, Zoltan Feher compte bien multiplier les contributions bénévoles au muséum. « C’est la prochaine étape ! Nous ne voulons plus seulement développer les collections. Nous avons besoin de données scientifiques mais ce type de programme est surtout une stratégie de sensibilisation du plus grand nombre.»

Le site de l'association : http://www.nhmus.hu/

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3 – « La journée de la biodiversité » en Hongrie

 

Biodiversity_Day ©Magyar Biodiverzitás-kutató Társaság

Jeunes élèves lors de la journée de la biodiversité

Le jour de la biodiversité est un évènement majeur en Hongrie. Chaque année au mois de juin, une région différente est choisie pour effectuer un inventaire collectif de la faune et la flore, en 24 heures et sur une zone d'environ 1km carré. « Certaines années, les volontaires sont une centaine venant parfois de tous petits villages pour observer et référencer le vivant» explique Barbara Sallee, chargé de communication à la Société hongroise pour la recherche sur la biodiversité. 

S’il existe de nombreux d’inventaires participatifs notamment France, ces derniers sont surtout destinés au naturalistes. Or ici, l’objectif est d’éveiller la curiosité du plus grand nombre à l’échelle locale en leur faisant découvrir leur patrimoine naturel. Après 16 éditions, Barbara s’est rendu compte que les bénéfices sociaux étaient inestimables : « Lorsque les jeunes prennent des photos des espèces avec leurs amis, ils vont ensuite les montrer à l’école, et à leur famille. Nous sommes ainsi des multiplicateurs et des faiseurs de lien. Entre amis, familles mais aussi entre universités, communes, parcs, musées avec qui nous communiquons beaucoup. »

Les échangent s’opèrent également entre les générations. « On a remarqué que cette journée pouvait bousculer certaines croyances : je me souviens d’une année où nous avons identifié 5 ou 6 espèces de chauves-souris dans une église alors que les personnes âgées expliquaient depuis toujours qu’elle en contenait 3. Très intéressés, ces derniers ont ainsi fait passé le message aux jeunes du village. »« Je pense aussi qu’in fine cela peut avoir un grand effet sur le vandalisme car la participation inculque certaines valeurs. »

Sur le plan scientifque, ces journée encadrées par près de 80 chercheurs complètent les inventaires faune et flore de Hongrie, dans des zones parfois mal connues. Entre 1 500 et 2 200 espèces sont recensées chaque année avec parfois quelques spécimens très rares, parmi lesquels le lepidoptère Arytrura musculus ou la cochenille Kissrhizoecus hungaricus découverts par des bénévoles. Mieux : une espèce d' arthropode (Lepidocyrtus mariania) a même été décrite pour la première fois en Hongrie dans la commune de Porva à l'ouest du pays. Un tel évènement avec un fort écho médiatique a facilité, in fine, le déploiement d'actions locales de conservation. 

En savoir plus : http://www.biodiverzitasnap.hu/index.php?option=com_content&view=category&layout=blog&id=208&Itemid=240

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Hugo.

 

conference_hongrie©Magyar Biodiverzitás-kutató Társaság

Merci à l'Institut Français de Budapest pour leur accueil ! (la délégation Vigie-Nature est à droite)