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Spipoll : « On découvre une richesse et une complexité qu’on n’imagine pas »

Sciences participatives

 

Ses stats en disent long sur son engagement : 7537 collections, plus de 100 000 insectes identifiés. En une décennie, l’enseignant de 52 ans a fait de son petit village ardéchois, Saint-Priest, le village le plus spipollé de France. Retour sur 10 ans de pratique ininterrompue avec Jean-Luc, alias ascalaf07.

 

spipoll © JLuc_Boulat

Jean-Luc en 2019 au milieu de ses iris

 

C’était il y a 10 ans. Vous faisiez vos premiers pas dans le tout jeune observatoire. Vous souvenez-vous de votre première collection ?

Bien-sûr ! Et même précisément ! C’était le 6 mars 2011, dans le jardin de mes grands-parents en Lozère, sur un abricotier. Il faisait un peu frais, il n’y avait pas encore beaucoup d’activité sur les fleurs. J’ai malgré tout pu réaliser une belle collection avec quelques bourdons, et un beau vulcain dont je me souviens très bien. J’ai tout de suite accroché, et de plus en plus à mesure que j’enchaînais les sessions. J’avais déjà un attrait pour les insectes, j’aimais bien les bestioles. Je faisais des élevages de chenilles au printemps dans un terrarium avec mes gamins. Il m’arrivait de participer à des sorties nature, de pratiquer un peu la photo. Lorsque j’ai entendu parler du Spipoll dans une émission radio, j’ai trouvé le principe vraiment super. Cela m’a poussé à m’intéresser à la botanique, puis aux liens entre plante et animal, à la pollinisation. C’était une approche très enrichissante. Le seul problème : nous n’avions pas internet chez nous à l’époque, en tous cas pas le haut débit… Heureusement, ça s’est vite arrangé.

Vous êtes ainsi devenu « ascalaf07 » (son pseudo Spipoll), dont les collections se sont vites accumulées dans la base de données. Quel était votre terrain de jeu favori ?

Mon jardin, que je n’ai d’ailleurs pas quitté depuis mes premières collections. Je l’ai échantillonné sous toutes les coutures. C’est un jardin, assez sauvage, à l’abri des pesticides. Je débroussaille une fois par an, c’est tout. Du fait de la mauvaise qualité de la terre, j’ai abandonné le potager pour privilégier les plantes sauvages qui m’offrent des fleurs en abondance. A l’extérieur, je prospecte les grands prés, tout autour de chez moi. Je rayonne aussi en Ardèche, une région qui regorge de coins fleuris toute l’année. Je me rends volontairement dans ces lieux extraordinaires, préservés, comme le Plateau du Coiron que connaissent bien les ardéchois, et à d’autres endroits de façon aléatoire. Dès que j’ai une course à faire, dès que je pars chercher mes filles quelque part, je prends mon appareil. On ne sait jamais. Lorsque j’ai 20 minutes devant moi en attendant un train, je fais une collection autour de la gare. Je profite de toutes les occasions. Même en Savoie ou dans les Pyrénées où je me rends pour les vacances. C’est une autre façon de se créer des souvenirs. Mais la plupart des données envoyées proviennent de mon village.

 

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Première collection de Jean-Luc, le 6 mars 2011

 

Vous êtes aujourd’hui l’un des plus grands contributeurs. Vous avez dépassé les 7000 collections en 10 ans. Comment expliquer une telle longévité ? Qu’est-ce que le Spipoll vous apporte ?

Je ne laisse pas tomber les choses facilement. Je suis comme ça, c’est mon caractère. Il faut dire que les premières années sont très prenantes. On découvre de nouveaux taxons, c’est extrêmement motivant. Il y a à la fois le plaisir de la chasse, celui de trouver de nouvelles bestioles, et la passion du collectionneur. On découvre une richesse et une complexité qu’on n’imagine pas. Au début je ne cherchais pas l’exactitude dans l’identification, la clé était par ailleurs moins riche qu’aujourd’hui. Je connaissais les papillons, mais rien des mouches et des abeilles ! Le simple fait de regarder les photos m’a fait progresser rapidement. Je tiens à prévenir les nouveaux : l’addiction arrive très vite. C’est tellement prenant que cela m’a valu de tomber d’un pont à la fin d’une session. Je passais en revue mes photos de chélidoines sans regarder devant moi, j’ai trébuché et me suis retrouvé dans l’eau…

Aujourd’hui, le plaisir est ailleurs. Après 7-6 ans, on observe moins de nouveauté, moins de bêtes rares. La motivation repose davantage sur le bien-être que procure la pratique. Ces moments de calme me font un bien fou. On se concentre uniquement sur la pratique, les bestioles que l’on voit. Une vraie séance de sophrologie ! Mes habitudes ont aussi changé. Je suis plus carré, plus rapide. A peine arrivé sur place, je photographie la station et commence déjà à repérer les fleurs d’à côté pour les prochaines sessions. Avant je passais beaucoup de temps à faire de belles photos, à trouver les plantes les plus visitées, ce qui ne sert à rien pour les statistiques. Ma fréquence d’échantillonnage en revanche ne varie pas : il m’arrive de réaliser cinq ou six sessions les bonnes journées. Comme il y a dix ans.

Qu’est-ce qui a changé ces dix dernières années ?

J’ai beaucoup progressé en botanique ! Surtout avec la nouvelle version du site, qui nous demande d’identifier les plantes. Ça nous oblige à travailler dans ce sens-là aussi. Et il y a la validation collective à laquelle je contribue en dilettante, plutôt en hiver. Je valide surtout par époque. Je prends toutes les collections faites en France durant la même semaine : la dernière de juillet 2014 par exemple ou la première d’octobre 2015. Ça me fait voyager dans le temps. Je découvre aussi d’autres lieux, d’autres façons de concevoir des collections. Et parfois, je redécouvre mes propres collections.

Sur le plan de la biodiversité ? Ma perception des choses me fait dire que certaines espèces se raréfient, lorsque d’autres varient d’une année sur l’autre. Je pense d’abord au papillon machaon que je rencontrais souvent il y a 10 ans.  Aujourd’hui, si je le rencontre une fois dans mon jardin c’est le bout du monde ! Le mylabre, une espèce de coléoptère, a quant à lui été très courant les deux trois premières années, puis j’ai cessé de le voir pendant un moment. Et voilà qu’il réapparaît l’année dernière. Il y a des cycles. J’ai la sensation que les grands classiques (abeille mellifère, vulcain, piérides…), eux, n’ont pas beaucoup varié. Mais je suis conscient de vivre dans un environnement favorable.

spipoll © JLuc_Boulat

10 ans de pratique l'ont conduit à réaliser plus de 7000 collections

 

Que retenez-vous de ces 10 ans ? Une scène, un moment particulier ?

Plusieurs moments me restent en mémoire. Je me souviens en particulier d’un pique-nique – le moment idéal car on reste longtemps au même endroit. J’y ai photographié un échancré. C’est arrivé trois fois en dix ans. Cela sur un bord de route, au milieu de nulle part. En mangeant un croquemonsieur. Un instant à la fois banal et extraordinaire. Sur un plan plus humain, je garde d’excellents souvenirs des premières rencontres nationales dans le sud de Paris. C’était le début, on était tous très enthousiastes. Et content de se voir. On pouvait enfin mettre un visage sur tous ces pseudos qu’on côtoyait sur le site. On s’est retrouvé un peu plus tard chez Albert à Uzès, puis chez Gilles en Lozère. Avec le confinement, nous voyons arriver de nombreux participants. C’est une bonne chose. Il y a une réelle dimension collective dans le Spipoll qui se perpétue. Plus proche de moi, j’ai la chance de pouvoir partager ma passion avec la plus jeune de mes filles, également spipollienne depuis 5 ans.

Qu’attendez-vous du Spipoll dans les années à venir ?

Un de mes rêves de participant serait d’aller faire du Spipoll dans le parc du Mercantour ! J’ai vu des documentaires là-dessus, c’est un endroit fascinant, très riche en biodiversité. Un jour peut-être !

 

 

 

 

10 ans de participation de ascalaf07 :

 

7537 collections depuis 2011

1095 collections en 2020

150 740 observations depuis 2011

54402 photos depuis 2011

32 618 taxons validés

517 taxons végétaux 

463 taxons insectes

114 494 insectes photographiés

 

 

Retrouvez toutes les collections de Jean-Luc sur le site du Spipoll

 

 

 

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