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aéroports © Aéro_Biodiversité

Vigie-Nature dans les aéroports !

Sciences participatives

 

Dans l’immense base de données photographiques du SPIPOLL, on trouve quantité d’insectes immortalisés sur des fleurs. Des fleurs couvrant toutes latitudes, de Bastia à Dunkerque, du Pays Basque à l’Alsace. Lorsqu’on zoome sur la carte de localisation, on tombe tantôt dans un jardin, tantôt sur le bord d’une route ou au milieu d’une prairie. Mais parfois, on se demande si le participant ne s’est pas tout simplement égaré : « Aéroport International de Tarbes-Lourdes-Pyrénées », « Aéroport du Bourget », « Aéroport de Toulouse Blagnac » … Les collections sont pourtant véridiques. Et leur richesse surprenante.

Depuis 6 ans l’association Aéro Biodiversité s’est donnée pour mission de référencer, suivre et promouvoir la biodiversité dans les aéroports français. « Suite au Grenelle de 2007, les aéroports se sont engagés à faire des inventaires de biodiversité, explique Julia Seitre, coordinatrice scientifique d’Aéro biodiversité. Or, peu l’ont fait en réalité, il n’y avait pas de vraie dynamique ». Jusqu’à ce qu’en 2015, la toute nouvelle compagnie HOP!, appuyée par quelques aéroports, la DGAC (La direction générale de l'Aviation civile) et le Muséum national d’Histoire naturelle, mettent sur pieds une association visant à faire connaître et reconnaître une richesse jusque-là négligée voire crainte dans le secteur aéronautique : la flore et la faune sauvage. On mise alors sur les sciences participatives et de suite Vigie-Nature embarque dans le projet. Notre programme atterrit à Castres, Perpignan, Orly... Aujourd’hui, sur 18 aéroports français, environ 500 salariés du secteur aérien appliquent ou ont appliqué nos protocoles - SPIPOLL, OAB, Vigie Chiro, un STOC légèrement adapté - sur leur lieu de travail, mettant ainsi au jour, à l’ombre des ailes d’avions et des tours de contrôle, une biodiversité injustement méconnue. 

« Réservoirs naturels » 

Selon Julia Seitre, la richesse de ces zones n’a jamais été un secret pour les spécialistes : « Cela fait longtemps que les naturalistes vont observer les oiseaux à Orly ! » Cela ne surprend qu’à moitié lorsqu’on sait que les espaces verts représentent entre 60 et 80% de la surface totale d’un aéroport. Pour garantir la sécurité du site, le tarmac est bordé d’immenses étendues d’herbes, des prairies sans labours ni pesticides pour la plupart, parfois très anciennes. Or, dans un contexte d’artificialisation des sols et d’agriculture intensive, « les prairies font aujourd’hui partie des milieux naturels les plus menacés en Europe, explique Julia. Symboles de l’emprise humaine, les aéroports seraient ainsi de véritables « réservoirs naturels ». En Ile de France, par exemple, la moitié des prairies se trouvent désormais… à l’aéroport d’Orly, de Roissy et du Bourget. « Aujourd’hui on y voit encore beaucoup de passereaux, qui ont régressé partout ailleurs. Comme l’Alouette des champs qu’on entend chanter dans tous nos aéroports de l’hexagone ! »

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Faucon crécerelle (Falco tinnunculus) sur l'aéroport de Paris-Orly

Avec plusieurs années de suivis, les protocoles Vigie-Nature témoignent de la richesse de ces prairies. Les résultats sont même souvent plus positifs qu’à l’échelle nationale. Les papillons par exemple ne se laissent pas intimider par les défilés quotidiens d’Airbus et de Boeing : outre la forte abondance d’espèces généralistes, on relève de nombreuses espèces spécialistes des prairies, comme les Myrtils, les Demi-deuils et les Procris. La présence d’abeilles sauvages, mesurée grâce aux nichoirs de l’OAB, est également au beau-fixe. Selon le bilan 2018, les aéroports atteignent une moyenne de 17 à 18 tubes occupés par doublette de nichoirs, quand la moyenne nationale plafonne à 10,3. Les chauves-souris ? Chaque plateforme accueille en moyenne 5 espèces, ce qui représente 14% du nombre total d’espèces de chiroptères en France métropolitaine (34 espèces). Un résultat estimable qui s’explique par la présence de zones de chasse favorables : prairies et parfois quelques buissons ou haies… 

Depuis le début, l’association a référencé plus de 2600 espèces animales et végétales sur l’ensemble de ses plateformes, dont 230 espèces d’oiseaux et même quelques espèces « rares », comme des papillons - Cuivré des marais ou Azuré du serpolet sur plusieurs sites. « D’une manière générale les résultats de nos protocoles sont très bons, se réjouit Julia. Même si on observe de grandes disparités entre les aéroports. A Castres par exemple, qui est inséré dans un site Natura 2000, et où il y a très peu de vols, les résultats sont particulièrement bons. Idem en Corse et dans tout le sud de la France. »

Aseptisation

Le paradoxe est que, jusqu’à peu, la grande « tradition » des aéroports n’était autre que la lutte contre la biodiversité sous toutes ces formes.  « Les aéroports devaient être inhospitaliers à toute vie : pas de fleurs ni de graines, rien qui puisse attirer les animaux » se rappelle Julia. Il faut dire que les risques de collisions, avec les oiseaux surtout, ont toujours hanté le secteur. Tout le monde se souvient du spectaculaire amerrissage dans l’Hudson à New York, suite à une collision avec une nuée d’oies bernaches… Une question évidemment prise au sérieux donc, raison pour laquelle les aéroports, aujourd’hui encore, ont souvent tendance à prôner l’aseptisation des espaces.

Un des défis d’Aéro Biodiversité est de tordre le coup à certaines idées reçues, notamment celle consistant à croire qu’une prairie tondue à ras, façon golf, éloigne les oiseaux. « Il n’y a rien de plus attractif que la fauche. Les oiseaux adorent les surfaces tondues ! » insiste Julia. Avec leurs équipes, ils ont même démontré via un autre protocole participatif que le fait de laisser pousser l’herbe au-delà de 20 centimètres réduisait les effectifs des oiseaux les plus problématiques (laridés, falconidés, colombidés). Tout en permettant aux fleurs et à toutes les espèces inféodées aux prairies de s’épanouir ! Forte de 6 ans de suivi de la biodiversité, l’association peut ainsi émettre des recommandations de gestion. Des fauche tardives et moins fréquentes notamment. Si Aéro Biodiversité peut s’enorgueillir d’avoir mis en lumière un patrimoine naturel aussi riche que négligé, ses travaux montrent surtout qu’il est possible de concilier biodiversité, économie et sécurité.

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Sur 18 aéroports français, environ 500 salariés du secteur aérien appliquent ou ont appliqué nos protocoles

 

Equipés de leurs fiches d’identification, de saisie, d’outils pédagogiques, Julia et ses collègues ont sillonné cet été les 16 aéroports métropolitains pour procéder, avec le personnel, aux suivis annuels. « On accueille tout le monde, tous les personnels, des gestionnaires d’espaces verts aux pompiers en passant par les pilotes. » Un personnel enthousiaste selon les organisateurs, souvent époustouflé par cette richesse que beaucoup côtoient au quotidien sans en soupçonner l’existence. Depuis 2018, Vigie-Nature a ainsi rejoint les aéroports d’outre-mer, à Saint-Pierre-et-Miquelon et bientôt à la Réunion. Le prochain objectif sera d’intégrer un protocole flore, comme le réclament de nombreux bénévoles. Florilège ? Vigie-Flore ? A suivre… Avec une surface globale de 46 000 hectares – l’équivalent d’un parc naturel régional comme celui de Brière (44) -, l’ensemble des aéroports et aérodromes français ont un grand rôle à jouer dans la préservation de la biodiversité. 

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