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Les viticulteurs des Côtes du Rhône se lancent dans des suivis de biodiversité

Sciences participatives

 

C'est le premier vignoble à participer à cette échelle. Une dynamique qui témoigne d'un intérêt profond pour ces questions. 

 

OAB © Vivane_Sibe

Formation au protocole de l'OAB au Lycée viticoles d'Orange 

 

Une trentaine de viticulteurs se sont réunis cet hiver au lycée viticole d’Orange, dans le Vaucluse, pour suivre plusieurs journées de formation. Au programme : biodiversité sauvage, aménagements et mise en place des protocoles de l’Observatoire agricole de la biodiversité (OAB). Au nombre de cinq - vers de terre, papillons, chauves-souris, invertébrés du sol, abeilles sauvages – ces suivis ont séduit les cultivateurs, bien déterminés à en faire profiter leurs parcelles ensoleillées de grenaches, Syrah et autres cépages mythique du vignoble des Côtes du Rhône.

 « Certains cultivent en bio, mais pas tous. Les profils sont très différents, explique Viviane Sibé, animatrice des formations à la Chambre d’Agriculture du Vaucluse. Ce qui les rassemble c’est leur intérêt pour l’agro-écologie et l’envie d’avancer ». Ils ont pour projets de contrôler les bénéfices d’une implantation de haies, d’un couvert végétal. Parfois la seule soif de connaissance justifie leur présence. Quoi qu’il en soit, la biodiversité soulève un véritable intérêt dans le monde de la vigne. « J’ai commencé à donner des formations sur ce thème en 2012, poursuit Viviane, ils étaient sept ou huit. Ils sont plus de trente cette année dans tout le département ! »

Clé de décisions

Avec les participants du Vaucluse, c’est 80 viticulteurs des Côtes du Rhône qui ont rejoint l’OAB en 2021, dans le Gard, le Vaucluse, la Drôme et l’Ardèche. Cette déferlante de sciences participatives provient d’une collaboration entre l’OAB, l’IFV et le Syndicat des Côtes du Rhône, ce dernier souhaitant répondre à une forte demande des viticulteurs eux-mêmes. En effet, leur conscience des enjeux de biodiversité s’est aiguisée ces dernières années. Réduction du travail du sol, implantation de haies, pastoralisme… l’heure est à la diversification des cultures, au rééquilibrage des paysages. Or si de nombreuses solutions existent, peu savent par où commencer. « Beaucoup me disent « on veut bien faire des choses, mais on ne sait pas quoi ! » » témoigne Lucile Chédorge, qui coordonne l’OAB au Syndicat des Côtes du Rhône.

Des suivis de biodiversité existent déjà dans le milieu viticole et en particulier dans la vallée du Rhône. Mais ceux-ci étant réalisés par des professionnels, seuls certains crus structurés peuvent en assumer les coûts. « Il y a une vraie scission entre les territoires. Il faut pouvoir proposer des diagnostics à grande échelle, accessibles, tout en permettant au viticulteur de produire ses propres indicateurs, poursuit Lucile. Car on ne peut pas préconiser des actions généralistes. Il faut faire du cas par cas. Les vignerons savent que ce sont eux-mêmes qui possèdent les clés pour prendre des décisions en accord avec leurs finalités. »

Thermomètre

Suivre les abeilles sauvages, compter les vers de terre ou les papillons sur ses propres parcelles permet d'apprendre à connaître la biodiversité et les écosystèmes liés à la vigne. Ces espèces indicatrices sont des thermomètres témoignant de l’état de santé du milieu, que l’on peut suivre dans le temps et mettre en relation avec différents facteurs. En particulier avec les pratiques. Quel est l’impact du travail du sol, des traitements, de telle ou telle infrastructure agro-écologique ? Des suivis locaux mis ensuite en perspective avec les moyennes nationales. Un double repère. Et des pistes, des orientations soutenues par les statistiques. Les analyses des données montrent par exemple qu’à l’échelle nationale l’abondance des papillons et des mollusques augmente significativement dans les parcelles jouissant d’un enherbement dans les inter-rangs.

Le choix des protocoles illustre bien l’autonomie du viticulteur. Chacun attend des suivis qu’ils apportent des réponses à ses propres interrogations. « Je pensais qu’ils allaient tous vouloir suivre les vers de terre étant donnée leur rapport au sol, et les chauves-souris qui sont de redoutables prédateurs du vers de la grappe. Finalement tous les protocoles suscitaient de l’intérêt. Cela dépend en fait de la sensibilité de chacun : il n’y a pas de corrélation directe entre les observations et les problématiques liées à la parcelle. Ils veulent simplement savoir ce qui se passe chez eux» rappelle Lucile.

Top départ !

En cette fin d’hiver les nichoirs à abeilles et planches à invertébrés sont posés pour la plupart. Dans quelques jours les viticulteurs procèderont aux tout premiers relevés. Syndicat des Côtes du Rhône, Chambres d’agriculture, techniciens des coopératives, salariés des crus : un maillage d’acteurs se chargera d’animer l’observatoire tout au long de l’année, en conseillant, épaulant les participants, en proposant des formations, des points d’étape. De son côté le Syndicat centralisera tous les relevés, les interprétera avant de délivrer les premières restitutions à l’automne. Les données remonteront ensuite dans la base nationale de l’OAB pour être analysées par les chercheurs.

« C’est la première fois que nous aurons des données sur la biodiversité viticole à cette échelle. C’est inédit ! se réjouit Nora Rouillier responsable de l’OAB à Vigie-Nature. Nous avons pour l’instant quelques résultats très généraux sur les parcelles de vignes, nous espérons pouvoir faire des analyses plus spécifiques, et comprendre les impacts des différentes pratiques sur la biodiversité. » Une aventure scientifique nationale qui motive aussi les participants, comme le reconnaît Lucile Chédorge : « Cela donne de l’importance à leur démarche, ça les rassure aussi. Ils font désormais partie d’un tout. Dans l’espoir de faire avancer les choses à grande échelle. »

 

En savoir plus sur l'OAB et sur l'initiative en question

 

 

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