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BioLit : les données témoignent de la raréfaction des bigorneaux

Sciences participatives

 

C’est une consécration pour tout projet de sciences participatives. Après dix ans d’existence, BioLit voit ses efforts de mobilisation récompensés par une première publication scientifique

 

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Observation des mollusques dans les macroalgues brunes (c) Laurent Wenk - Planète Mer

 

C’est une consécration pour tout projet de sciences participatives. Après dix ans d’existence, BioLit voit ses efforts de mobilisation récompensés par une première publication scientifique. Paru récemment dans la revue scientifique STOTEN (Science of the Total Environment), l’article met en évidence un phénomène alertant sur l’état de santé des écosystèmes côtiers.

Le programme, porté par l’association Planète Mer, propose de mettre à profit nos promenades au bord de l’eau pour effectuer des relevés. Certaines actions ciblent des espèces introduites, d’autres certains écosystèmes comme la laisse de mer. « Algues brunes et bigorneaux », le protocole phare de BioLit, consiste quant à lui à partir à la recherche de ces couples de l’estran, de les prendre en photo et de les partager sur le site. Accessible à tous, les scientifiques recommandent simplement de savoir distinguer les six algues brunes les plus courantes sur notre littoral.

2652 échantillons dans 55 sites sur plus de 1000 km

« Au début années 2000, nous avons reçu beaucoup de témoignages de personnes qui nous ont alerté sur la régression de la couverture en algues brunes sur les estrans de l’ouest de la France » raconte Eric Feunteun, Professeur et Directeur de la station marine de Dinard au Muséum national d’histoire naturelle, à l’occasion d’une conférence en ligne organisée par Planète Mer début février. Ces algues très communes sont en effet en régression sur certaines parties du littoral pour des raisons encore floues. Or elles constituent un écosystème majeur : une faune extrêmement riche en dépend. Moules, berniques, huitres et gastéropodes s’abritent dans ces grands végétaux filamenteux et s’y nourrissent.

Pour suivre l’évolution de ces écosystèmes, les scientifiques ont mis sur pied le protocole science participative porté sur les bigorneaux, groupe d’espèces indicateur de l’état de santé des milieux et facilement observables. « Pour avoir une couverture nationale et couvrir différents type habitats, il est important de pouvoir s’appuyer sur un grand nombre d’observateurs » poursuit le chercheur, raison pour laquelle tout le monde, avec ou sans connaissance, peut s’investir dans le programme.  Un protocole simple mais garantissant des données fiables scientifiquement : tel fut le défi de l’équipe de Planète Mer qui a dû, pour satisfaire cette exigence, concevoir des outils de reconnaissance des différentes espèces, fédérer des structures associatives, scientifiques, universitaires, scolaires et citoyennes pour accompagner les participants.

« Au fil des années nous avons reçu des informations provenant de milliers de quadras, on a pu faire participer des milliers de « BioLitiens », se félicite Eric Feunteun. A partir de là, une base de données s’est constituée et on a pu traiter ces données. On a pu montrer que ces informations obtenues ont une grande valeur scientifique. » 2652 échantillons furent ainsi collectés par 24 00 participants dans 55 sites répartis sur plus de 1000 km de côte atlantique française.

 

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Bigorneau (c)T. Diméglio - Planète Mer

 

Nitrates

Partant du constat que cette canopée d’algues avait tendance à régresser, emportant avec elle la faune associée, les chercheurs se sont penchées sur les causes potentielles d’un tel phénomène. Plusieurs facteurs connus influencent l’estran : les marées, la houle, la salinité des eaux, mais aussi l’eutrophisation (enrichissement en nutriment liées aux activités humaines), le changement climatique... Des facteurs naturels et anthropiques quantifiables.

A partir de modélisations informatiques, les scientifiques ont relié ces différents facteurs avec les variations des gastéropodes mesurées tout au long du littoral à partir des données BioLit. Les résultats montrent que ce sont les facteurs locaux, à l’échelle du rivage, qui agissent en premier lieu, comme la quantité d’algues présentes. Mais en changeant d’échelle, de nouvelles variables s’imposent, comme les concentrations en nutriments inorganiques (azote principalement) et les matières en suspension dans l’eau provenant des grandes rivières.

Ces deux pollutions anthropiques, conséquences des activités humaines comme l’agriculture intensive, ont une responsabilité connue dans l’eutrophisation (la surcharge de nutriment dans les eaux) et les dépôts sédimentaires qui affectent les écosystèmes marins. Selon les modèles ces pollutions agissent sur l’abondance et la diversité des espèces pourtant communes (Steromphala umbilicalisPatella spp., S. pennanti et Phorcus lineatus). Des réductions qui oscillent entre 65 et 85 % ! « On s’est rendu compte que cette diminution concernait la grande majorité des espèces, sauf une, connue pour prospérer dans les zones eutrophes » complète Bruno Serranito, chercheur au Muséum national d’Histoire naturelle et premier auteur de l’étude.

Bioindicateurs

Ces résultats laissent donc peu de doutes quant à la responsabilité des activités humaines sur le déclin des gastéropodes. Une hypothèse soutenue par une autre constatation : les valeurs les plus faibles d’abondance et de diversité se trouvent autour des estuaires, recevant les apports des grands fleuves : la Seine, la Vilaine, la Loire et la Charente. 

Si des effets similaires avaient été constatés à petite échelle pour d’autres organismes comme les algues, c’est la première fois que ce phénomène est observé pour des espèces animales communes à l’échelle de la façade atlantique. Néanmoins, il demeure difficile d’isoler un facteur précis : « il y a probablement un effet cumulé de l’eutrophisation et de la matière en suspension » admet le chercheur. Seules de nouvelles données permettront de déterminer plus précisément les causes de variation.

Cette étude montre également que les gastéropodes peuvent servir de détecteurs de la qualité des eaux, et faire office d’indicateur efficace pour déterminer l’état de santé des écosystèmes côtiers. Les chercheurs pensent qu’il sera possible à terme de mettre en évidence, s’ils existent, des cycles saisonniers, interannuels. De là à voir les effets des changements globaux comme le réchauffement climatique sur la biodiversité ? C’est une possibilité que prévoit Bruno Serranito, à condition de faire le plein de données dans les prochaines années. « Il faut continuer à échantillonner estran ! » lance-t-il à l’auditoire de la conférence qui s’achève sur de belle perspectives. Des bruits courent déjà sur la sortie prochaine d’une deuxième publication.

 

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