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Les chauves-souris, anges gardiens des forêts et des parcelles cultivées

Sciences participatives

« Ça fait plaisir de regarder et de voir d'autres espèces dans les champs » disait un agriculteur à propos de l'Observatoire agricole de la biodiversité la semaine dernière (ici le post). Et s'il savait ce qu'il s'y passe la nuit !

Champs de maïs © Valentin Fernandes | Flickr

Des filets sur des champs de maïs

Des chercheurs américains, Josiah Maine et Justin Boyles, ont réalisé une expérience « dingue » dans la région de l'Illinois. La nuit, et pendant les deux mois d'été, ils ont tout simplement empêché les chauves-souris de venir se nourrir d'insectes dans certaines parcelles de plusieurs champs de maïs. Comment ? En y installant des filets. Au-dessus. Pour les recouvrir.

Une chenille mordue de maïs

Les insectes en question sont surtout des chenilles d'un papillon de nuit que l'on appelle Helicoverpa zea. Zea pour maïs : elles se nourrissent en effet des feuilles et des épis dans lesquels elles créent de jolies galeries, qui ne sont pas du goût des agriculteurs.... La baisse de rendement en maïs est comprise entre 1,5 et 16,7 %.

Un papillon de nuit terrifié par les chauves-souris

En comparant le nombre de chenilles trouvées dans les champs avec et sans chauves-souris, les chercheurs ont découvert 60 % de chenilles en plus dans les enclos protégés la nuit ! Les mammifères volants seraient donc de substantielles aides gratuites aux agriculteurs. D'après les chercheurs, elles feraient tellement régner la terreur parmi les papillons de nuit que ces derniers en « oublieraient » de se reproduire. D'où le faible nombre de chenilles dans les parcelles accessibles aux chauves-souris.

Chenille d'Helicoverpa zea © Jack Dykinga | USDA

Cultivons en partenariat avec les chiroptères !

Si les chercheurs américains réalisent dans leur article (ici) un calcul économique pour évaluer la valeur des « bêtes » - 7,88 dollars par hectare pour un maïs non génétiquement modifié – il n'est pas besoin de calcul pour conclure que les chauves-souris sont de précieuses alliées pour l'agriculture ! En 2006, une autre étude avait montré qu'elles permettaient de faire des économies substantielles dans les cultures de coton (ici).  

Les chauves-souris font-elles peur aux processionnaires du pin ?

Plus près de chez nous, et plus précisément dans un laboratoire de Bordeaux, une équipe de chercheurs s'est intéressée à la contribution des chauves-souris à la régulation des chenilles processionnaires du pin dans le grand massif forestier des Landes de Gascogne. Ils connaissaient déjà le rôle joué par des oiseaux insectivores comme la Huppe fasciée ou l’Engoulevent d’Europe dans cette régulation mais suspectaient aussi celui joué par les chiroptères.

Huppe faciée avec une chrysalide de processionnaire dans le bec © Alain Laborde

Terreur sur la forêt

A l'aide d'un dispositif expérimental novateur, Yohan Charbonnier, Luc Barbaro, Amandine Theillout et Hervé Jactel, pour les citer, montrent que l'activité de chasse des chauves-souris réduit là aussi le potentiel de reproduction des papillons de la processionnaire du pin ! Ce qui se traduit par une diminution significative des infestations l'année suivante (ici l'article)

« Plus il y a une grande diversité de types de prédateurs quand les chenilles sont en faible densité, plus leurs futures pullulations vont s’espacer dans le temps » suppose Luc Barbaro. « Si les pullulations commencent, c'est que les prédateurs se font dépasser par les événements, qu'il ne sont plus assez nombreux pour consommer toutes les chenilles. Il faut donc étudier les populations de chenilles et de chauves-souris plusieurs années de suite pour comprendre leurs relations à long terme ».

Quelle transition parfaite avec Vigie-Chiro et les réseaux associatifs ! Engagez-vous, elles en ont besoin !

D'ailleurs, y'a que les papillons pour avoir peur des chauves-souris !

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Lisa Garnier, le lundi 05 octobre 2015

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Vigie-Nature sera présent au "grand chantier de l'info" dans la compétition de datavisualisation organisé les 10 et 11 octobre 2015 à la Bibliothèque nationale de France (BNF) à Paris. L'objectif de ce hackathon est de permettre aux professionnels (journalistes, communicants…) de parler du climat de manière innovante, en vue de la conférence qui se tiendra en fin d'année 2015 à Paris, la COP21. 

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