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Comment Vigie-Nature documente l’évolution de la biodiversité

Sciences participatives

 

« Donner à voir » pour « agir » : tel est le rôle des indicateurs de biodiversité publiés tous les ans par l'Observatoire National de la Biodiversité. 

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Au printemps 2018, un chiffre provoquait un petit séisme médiatique. Nous prenions tout à coup conscience de l’ampleur des dégâts. Les populations d’oiseaux communs spécialistes des milieux agricoles ont diminué d’un tiers depuis 1989. Le public découvrait en même temps la puissance des programmes de sciences participatives. Ce sont en effet les observateurs bénévoles du STOC (Suivis Temporel des Oiseaux Communs), qui des années durant, ont rendu possible la création d’un indicateur désormais reconnu, celui de « l’évolution de l’abondance des populations d’oiseaux communs spécialistes ».

Derrière cet indicateur, un organisme : l’ONB, ou Observatoire National de la Biodiversité. Son rôle consiste à publier des chiffres précis et documentés, mis à jour annuellement, donnant une idée de l’évolution du vivant, des pressions qui pèsent sur lui et des réponses apportées par la société. D’où la diversité d’indicateurs produits, près de 92 différents. « Cela va de la proportion d’espaces protégés à l’utilisation de produits phytosanitaires, mais aussi les efforts financiers en faveur de la biodiversité, le changement climatique, la proportion d’espèces menacées etc. » explique Florian Barnier, chargé de mission à l’UMS PatriNat au Muséum, et membre du comité éditorial de l’ONB. La structure pourrait se comparer à l’INSEE publiant annuellement le fameux PIB. «  Pour évaluer la croissance on se base souvent sur un seul et unique indicateur, alors que pour la biodiversité on utilise toute une série d’indicateurs » précise Florian.

Les indicateurs Vigie-Nature

De cette usine à courbes et chiffres percutants sortent plusieurs indicateurs sur les espèces communes en France. C’est là que Vigie-Nature entre en scène. Outre l’évolution de l’abondance des espèces spécialistes dans différents milieux (urbain, agricole, forestier), le STOC documente aussi l’abondance relative des granivores, insectivores et carnivores dans les communautés - des indices qui informent sur l’état de santé de différents groupes d’oiseaux. Du côté des chauves-souris, cette mission est confiée à l’observatoire Vigie-Chiro, lequel témoignait cet été d’une baisse de 38% des populations depuis 2006. « Ces indicateurs sont les seuls qui puissent nous renseigner sur l’évolution des oiseaux nicheurs et des chauves-souris à l’échelle de la métropole. Les autres suivis professionnels apportent des données, certes très solides scientifiquement mais généralement sur un endroit précis [ou sur quelques espèces remarquables, NDLR]. Ce n’est pas suffisant pour en faire un indicateur national. »

L’intégration de nos données à l’ONB n’a rien d’automatique. Un recul de plus d’une dizaine d’année est nécessaire pour s’affranchir des variations ponctuelles et percevoir les mouvements de fond. Le STOC fut créé en 1989 avec un protocole stabilisé en 2001 ; Vigie-Chiro en 2006. Au regard de leur ancienneté équivalente, plusieurs observatoires de Vigie-Nature comme le STERF, le PROPAGE, l’OAB et même le SPIPOLL pourraient potentiellement rejoindre les rangs de l’ONB. Pourtant la bouteille ne fait pas tout. Construire et mettre à jour un indicateur exige des financements, des postes à l’ONB mais aussi dans les laboratoires - les indicateurs étant généralement produits dans le cadre d’un travail de recherche. « Le manque de moyen nous empêche pour l’instant de produire autant d’indicateurs que nous souhaiterions, alors que nos séries temporelles et spatiales sont satisfaisantes » reconnaît Benoît Fontaine, responsable d’observatoires à Vigie-Nature. Ainsi, grâce au financement du travail de thèse de Gabrielle Martin, l'ONB devrait publier sous peu le tout premier indicateur flore à partir des données de Vigie-Flore.

« Donner à voir » pour « agir »

L’ONB joue un rôle majeur dans l’évaluation de la pertinence des indicateurs. Son comité éditorial se réunit régulièrement pour décider des chiffres à mettre en avant. Des choix cruciaux pris à l’aune de considérations scientifiques, sociétales et même politiques. Les espèces d’oiseaux spécialistes se sont réduites de 23% entre 1989 et 2018 ? Ce chiffre spectaculaire s'attenue pourtant entre 2010 et 2020. Il est possible, selon Florian, que « le gros des pertes aient eu lieu avant les premiers suivis ». Quels chiffres publier alors ? Après concertation, le choix de l’ONB s’est porté sur le pas de temps le plus long, de manière à rendre compte de l’ampleur de la perte globale.

Car les indicateurs n’ont pas comme seule mission de documenter au plus près de la réalité : ils ont une visée très pragmatique. Ministères, associations, ONG, au niveau national ou international, tous les acteurs environnementaux s’y réfèrent pour sensibiliser grand public et décideurs, pour orienter les décisions politiques et évaluer l’efficacité des stratégies mises en œuvre. « Donner à voir » pour « agir ». Devant les enjeux auxquels nous sommes confrontés, le travail de l’ONB est et sera déterminant. Tout comme celui des bénévoles de Vigie-Nature qui lui fournissent les données. « Sans chiffres synthétiques sur lesquels s’appuyer, aucune action n’est possible » assure Florian Barnier.

 

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