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EPOC : un suivi complémentaire du STOC et de Oiseaux des jardins

Sciences participatives

 

Le protocole EPOC (Estimation des Populations d'Oiseaux Communs), lancé en 2017 par la LPO et dorénavant dans le réseau Vigie-Nature devrait ravir les amateurs d’oiseaux qui désirent aller plus loin que le simple comptage Oiseaux des jardins mais qui ne sont pas suffisamment aguéris pour le STOC (Suivi Temporel des Oiseaux Communs). De leur côté, les données possèdent de grandes qualités qui cumulent le meilleur des deux observatoires : le nombre la standardisation. Jean Nabias, doctorant à la LPO et au Muséum national d’Histoire naturelle va travailler pendant trois ans sur les relevés des dernières années. Plongé dans sa thèse depuis maintenant six mois, il nous explique les tenants et aboutissant de sa mission.

 

bruant june ©  Marie_Panattoni (Flickr)

Bruant jaune (Pierre-Marie Epiney, Flickr)

 

Peux-tu nous expliquer en quoi consiste l’EPOC ?

C’est un protocole très simple à mettre en œuvre. On demande aux gens de réaliser des points d’écoute en se positionnant dans un lieu au choix : un jardin, une forêt, un champ. L’observation dure 5 minutes, au cours desquelles il faut compter tous les individus que l’on voit et entend. Contrairement au STOC, on échantillonne où on veut et quand on veut, même si la LPO demande un effort particulier durant la période de reproduction au printemps. C’est bien moins contraignant que le STOC, mais plus que Oiseaux des jardins. A cause de la durée précise d’observation et surtout parce qu’on demande aux participants de localiser la position des individus aperçus. Cette exigence supplémentaire, assez secondaire dans le STOC, fait tout l’intérêt de l’EPOC. Les distances doivent être renseignées le plus précisément possible. Des données assez standardisées et en grand nombre. Trois protocoles très complémentaires.

Qu’est-ce que peuvent nous apprendre ces données ?

J’ai déjà effectué un stage de Master 2 sur les données 2017-2019 de l’EPOC. L’objectif étant de réaliser une analyse exploratoire des données du protocole afin de voir si ces informations étaient utilisables, s’il y avait des biais apparents. Ce travail a porté ses fruits puisqu’il a débouché sur une thèse basée sur l’exploitation concrète de ces données. Sur la période 2020-2021, je m’appuie sur 60 000 listes d’oiseaux, représentant 60 0000 sessions d’EPOC, ou plutôt 50 000 après filtrage pendant la période de reproduction qui m’intéresse (du 1er mars au 31 juillet).

Un gros morceau de ma thèse consiste à produire des estimations de la taille des populations d’oiseaux en France. Je m’explique. Grâce aux distances, calculées à partir du positionnement des oiseaux renseignés par les observateurs, je suis capable de mesurer la probabilité qu’une espèce soit détectée à 5, 10, 50 ou 100 mètres du participant. En règle générale, on s’attend à ce que la détectabilité décroisse avec la distance. Et au-delà de 500 mètres, sans jumelles, on ne voit plus rien. Mais cela varie selon les espèces. Un oiseau aux couleurs criardes, de grosse taille ou en groupe sera plus facilement détectable et à plus grande distance qu’un oiseau terne, de petite taille et isolé. Un troglodyte mignon est plus difficilement détectable à 150 mètres qu’un groupe d’étourneaux sansonnet. A l’aide de cette méthode je caractérise donc des profils de détectabilité pour chaque espèce.

Comment, à partir de ces modèles, estimer la taille des populations d’oiseaux ?

Après avoir établi ces profils de détectabilité à partir des points échantillonnés par l’ensemble des observateurs, il est possible d’extrapoler. On peut ainsi savoir quelle pourrait être la densité de population et le nombre d’individus, prédire les répartitions à l’échelle du territoire français. Mais ça, c’est la théorie… En réalité c’est assez compliqué. Il y a beaucoup de variables à prendre en compte qui agissent sur la détection des oiseaux.

On voit évidemment plus loin et mieux dans une zone ouverte que dans une forêt dense, avec toutes sortes d’obstructions visuelles. Le milieu, la météo s’ajoutent aux caractéristiques de l’espèce pour faire varier la détectabilité. Il faut que je prenne tout cela en compte dans mes modèles. Il y a aussi un problème de disparité spatiale dans la répartition des points EPOCs. Les 50 000 données ne recouvrent qu’une petite surface de prospection par rapport à la superficie totale du territoire français. Cela fonctionne tout de même pour les espèces très bien réparties sur le territoire et pour laquelle nous avons beaucoup de données comme pour le merle noir. Pour d’autres espèces telles que le bruant jaune, plus rares et réparties de façon plus clairsemée, les estimations ne sont pas encore satisfaisantes.

 

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Distribution spatiale des EPOC effectués pendant la période de reproduction de 2019

 

Pour contrer ces biais spatiaux, un nouveau protocole s’est ajouté à l’ancien : l’EPOC Oiseaux de France (EPOC-ODF). En quoi est-il différent et quelle sera son utilité ?

Pour l’instant, c’est un vrai souci : on a des départements avec 2000 EPOC, d’autres avec seulement 4 ou 5. Pour contrer cela, la LPO a mis en place le protocole EPOC ODF début 2021, une version plus standardisée. Contrairement au protocole classique, les points d’écoute sont d’abord répartis de manière aléatoire sur tout le territoire par la LPO et ensuite proposés aux participants. C’est une manière de couvrir tous les milieux de façon homogène. De plus, 3 passages sont imposés dans le printemps. C’est un filet de sécurité qui permettra de couvrir tout le territoire de façon homogène, en particulier les zones blanches et d’assurer un effort d’échantillonnage homogène durant le printemps. Sans bien-sûr abandonner le premier protocole.

Les observateurs peuvent faire leurs relevés à l’aide de leur carnet d’observation, mais également avec l’application NaturaList qui permet de définir avec plus de précisions la localisation des individus. Ces évolutions vont permettre d’assurer une quantité importante de données, tout en diminuant les biais.

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