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De l'importance des haies : une évaluation à l'échelle nationale

Sciences participatives

Clément Vallé, doctorant au Cesco, vient de célébrer la publication de son premier article scientifique en tant qu'auteur principal : Grâce aux données de Vigie-Chiro, du STOC et du SON, cette étude met en évidence la relation entre la biodiversité et la présence d’arbres en milieu agricole, et remet sur la table une recommandation de la Politique Agricole Commune. Quelques questions posées à Clément sur les enjeux et les principaux résultats.

Quel est l’enjeu de cette étude ?
En Europe, environ 40% des terres sont utilisées pour l’agriculture. Bien que certains types d’agriculture soient favorables à la biodiversité, on sait aujourd’hui que le processus d’intensification agricole, et notamment l'utilisation de pesticides, est à l’une des principales causes de perte de biodiversité et de dégradation des écosystèmes. On sait aussi, grâce à des études locales, que les petits éléments boisés, tels que les haies, les bosquets et petites forêts, ou même des arbres isolés, ont généralement un impact bénéfique sur la biodiversité. Malheureusement, ces éléments boisés sont en déclin drastique en France : 70% du linéaire de haies a disparu depuis 1950 et le phénomène semble s’accélérer. Entre 2017 et 2021 ce sont 23 571 kilomètres de haies qui disparaissent en moyenne chaque année et qui sont loin d’être compensés par les 3 000 kilomètres plantés. Leur protection n’est que peu assurée par la Politique Agricole Commune : Des compensations financières sont versées aux agriculteurs qui maintiennent des éléments semi-naturels (éléments boisés, mais aussi des étangs, des bandes enherbées, des friches...). La recommandation était que ces éléments occupent 4% de la surface de leurs terrains et est actuellement en discussion pour la nouvelle PAC. Nous avons voulu investiguer cette recommandation, pour les éléments boisés qui ne font que régresser à l’heure actuelle. Parce qu’en réalité, on ignore dans quelle mesure ce pourcentage est bénéfique pour la biodiversité, et s’il varie selon le type de milieu agricole (si le bénéfice est le même lorsque les éléments boisés sont situés dans une prairie ou sur des terres arables). Et pour les agriculteurs, introduire ou réintroduire des éléments boisés n’est pas neutre, cela apparaît d’abord comme une surface perdue pour la production. Il y a donc un réel enjeu à préciser cette recommandation.

Qu’entend-on par bénéfice pour la biodiversité ?
La première question était « comment la biodiversité répond à la présence de ces éléments boisés ? ». Il s’agissait d’établir comment l’abondance (nombre d’individus) et la diversité (nombre d’espèces) varient en fonction du pourcentage d’espace occupé par des éléments boisés sur les parcelles
De plus, nous avons voulu voir si la réponse était identique pour différentes composantes de la biodiversité. Nous avons pris des taxons (grands groupes d’espèces) représentatifs en milieu agricole : les oiseaux, les chauves-souris et les orthoptères (sauterelles, criquets, grillons). Parmi toutes ces espèces, il y a des consommateurs de rongeurs, de lézards, d’insectes, de graines, etc. Travailler avec ces taxons, qui recouvrent des niveaux trophiques différents, permet d’une certaine manière de prendre en compte la biodiversité dont ils ont besoin pour se nourrir.
Enfin, nous avons regardé si ces réponses sont « contexte-dépendantes », à savoir si elles sont modulées par le milieu agricole. On a regardé l’effet du pourcentage d’éléments boisés dans trois catégories : les terres arables, les prairies et les surfaces mixtes où il peut y avoir un mélange des deux sans qu’il y ait de dominance de l’une ou de l’autre, ou d’autres types de cultures minoritaires dans l’agriculture.

Qu’indiquent les résultats ?
Globalement, pour toutes les relations significatives (statistiquement fiables) les trois taxons répondent de la même façon : On voit une augmentation de l’abondance et de la diversité jusqu’à un seuil. Ensuite, il y a soit un ralentissement de cette augmentation, soit un plateau, soit cela diminue. Ainsi, la relation entre pourcentage de petits éléments boisés et biodiversité est généralement non linéaire : à partir d’un certain seuil d’occupation de surface par des éléments boisés, les bénéfices pour la biodiversité n’augmentent plus.
Dans les terres arables, l’abondance et la diversité augmentent fortement jusqu’à un seuil qui se situe en moyenne vers 6% pour tous les taxons, et les valeurs maximum sont atteintes après. Par exemple, il faut 7% d’occupation en petits éléments boisés pour atteindre l’abondance maximale des oiseaux, 7,6% pour celle des chauves-souris, et même 12,3% pour celle des orthoptères.
Dans les prairies, les résultats montrent que plus la surface en éléments boisés est grande, plus l’abondance d’oiseaux est importante. Leur diversité est plus élevée que dans les champs mais n’augmente pas significativement lorsque la surface en éléments boisés augmente.  Il n’y a pas non plus de tendances significatives pour les chauves-souris et les orthoptères. 
Dans les zones mixtes, on retrouve un effet bénéfique de l’augmentation de présence d’arbres statistiquement significatif pour l’abondance et la diversité des oiseaux et pour l’abondance des orthoptères.

relation_-_abondance.png

Variation d'abondance des taxons en fonction du pourcentage d'éléments boisés
dans les champs (cropland), les prairies (grassland), les milieux mixtes (mixed).
Les (***) en haut à gauche des graphes indiquent les relations significatives (statistiquement fiables).
Le seuil pour lequel la relation n'est plus linéaire est indiqué par une barre verte.
La valeur maximale d'abondance est indiquée en gras.

relation_-_diversite.png

Variation de la diversité des taxons en fonction du pourcentage d'éléments boisés
dans les champs (cropland), les prairies (grassland), les milieux mixtes (mixed).
Les (***) en haut à gauche des graphes indiquent les relations significatives (statistiquement fiables).
Le seuil pour lequel la relation n'est plus linéaire est indiqué par une barre verte.
La valeur maximale d'abondance est indiquée en gras.

 

Entre une absence d’éléments boisés et une occupation de 6% par des éléments boisés, l’abondance augmente de 67% pour les oiseaux, de 41% pour les chauves-souris, et 20% pour les orthoptères. La diversité augmente de 31% pour les oiseaux, 31% pour les chauves-souris et de 17% pour les orthoptères.
 

augmentation_abondance_et_diversite.png

Augmentation de l'abondance (colonne de gauche) et de la diversité (colonne de droite)
lorsque l'on passe de l'absence d'éléments boisés à une occupation de 6% par des arbres,
dans les champs (jaune), les prairies (vert), les milieux mixtes (bleu) pour les différents taxons.

Quel message pour résumer ces résultats ?
Ajouter des petits éléments boisés tels que des haies dans les champs permet clairement de favoriser la biodiversité et le seuil de 4% d’occupation était sous-estimé. Le jeu de données utilisé provient d’observations, et le paysage actuel étant ce qu’il est, on a moins d’informations concernant des zones où il y a des surfaces importantes de petits éléments boisés. Sur les deux premières illustrations, les graphes « observed density SWF » indiquent que dans les prairies et les zones mixtes, des données ont pu être collectées avec différentes densité de surface en éléments boisés tandis que sur les terres arables, il y a très peu d’informations pour des zones qui comportent plus de 6% d’éléments boisés. Au-delà de ce seuil, le pouvoir statistique n’est pas suffisant pour déterminer la relation. Il faut voir ce seuil de 6% comme un strict minimum pour les éléments boisés : Là, on est sûr qu’il y a une augmentation de la biodiversité, en termes d’abondance et de diversité.

HD.

Pour aller plus loin, cliquez sur le lien vers la publication :
Farmland biodiversity benefits from small woody features
Clément Vallé, Isabelle le Viol, Christian Kerbiriou, Yves Bas, Frédéric Jiguet, Karine Princé

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