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Les néonicotinoïdes ont fait décliner les populations d’oiseaux aux Etats-Unis

Sciences participatives

 

oiseaux_champs_USA (CC)

Plectrophane à ventre noir (Calcarius ornatus) est une espèce de passereaux des prairies d'Amérique du Nord, en déclin

 

Drôle de coïncidence. Début août, alors que nous apprenions que les néonicotinoïdes, insecticides interdits en Europe depuis 2018, feraient leur retour dans les cultures de betteraves sucrières par dérogation, une étude américaine venait discréditer encore un peu plus l’usage de ces molécules. Depuis le dévoilement des effets indirects négatifs sur les abeilles, la liste des organismes affectés ne cesse de s'allonger : insectes pollinisateurs, invertébrés terrestres et aquatiques, mais aussi les chauves-souris et les oiseaux. 

Pour ce dernier groupe, les dégats viennent d'être évalué pour la première fois à l'échelle des Etats-Unis. L’équipe de l’Université de l'Illinois dirigée par Madhu Khanna s’est appuyé sur l’immense base de données du Breeding Bird Survey (Suivi des oiseaux nicheurs d'Amérique du Nord). Ce suivi participatif créé dans les années 60 aux Etats-Unis, rassemble chaque année des milliers d’observateurs de tous niveaux pour compter les oiseaux. Il produit ainsi des résultats de même nature que notre programme français, le Suivi Temporel des Oiseaux Communs (STOC).

Baisse des populations

En croisant données d’observation avec l’usage des pesticides - sur la période 2008 - 2014, au cours de laquelle l'utilisation de néonicotinoïdes augmentait aux États-Unis -, les chercheurs ont mis en évidences des corrélations. L’augmentation de 100 kg de néonicotinoïde sur une année (correspondant à + 12% en moyenne) a engendré une baisse de 2,2% de la population d’oiseaux spécialistes des milieux agricoles et de 1.4% chez les autres espèces. Surtout, l'utilisation de la même quantité de produits de natures différentes diminue ce déclin d'un facteur 40 ! (0,05%).

En cause, une double contamination. D'abord indirecte, par l'ingestion des insectes - de plus en plus rares - ayant pollinisé des plantes traitées aux néonicotinoïdes, donc eux-mêmes contaminés. Mais ces chiffres alarmant ne concernent pas que des espèces insectivores. Les espèces granivores nourrissent également leurs petits d’insectes... Aussi, particularité des néonics, ceux-ci n'exigent pas de pulvérisation sur la culture : l’insecticide enrobe directement la graine qui produira son effet répulsif tout au long de la croissance de la plante. Or une fois semées, ces graines s'avèrent être une ressource facile et abondante pour de nombreuses espèces granivores. Comme cela a été démontré chez la Perdrix, les organismes peuvent s'intoxiquer (au niveau du système nerveux notamment), jusqu'à altérerer la migration de certaines espèces en les désorientant. 

Les chercheurs ont enfin caclulé les effets cumulés en tenant compte de la baisse des capacités de reproduction à chaque génération. De 2008 à 2014, on obtient en réalité une diminution de 9,7% des populations suivies pour 100 kg de néonics supplémentaires. 

Marche arrière

Comme en France, les Etats-Unis subissent un déclin vertigineux des oiseaux des milieux agricoles, principalement dans le nord des grandes plaines, le sud de la Californie et le Midwest. Une récente étude faisait état de 29% de diminution depuis les années 70. Les néonicotinoïdes, pesticides les plus utilisés au monde, semblent avoir leur part de responsabilité dans ce déclin silencieux.

S’ils ont subi une vague d’interdictions ces dernières années des deux côtés de l’Atlantique, notamment pour leurs impacts sur les insectes pollinisateurs, des substituts tout aussi destructeurs continuent d'appauvir la biodiversité. Et les néonicotinoïdes n'ont pas disparu de la ciculation. En témoignent cette dérogation française pour les producteurs de betteraves dont les cultures sont très affectées par une maladie des pucerons (jaunisse) - bien que dans ce cas précis les graines enrobées sont semées à 2,5 cm de profondeur, a priori hors de portée des oiseaux. Autre argument des agriculteurs : les récoltes se faisant avant la floraison (au bout de deux ans), les insectes pollinisateurs seraient épargnés. L’emploi du conditionnel reste toutefois de mise. De son côté la LPO et d’autres organismes s’opposent fermement à cette dérogation, craignant l’ouverture d’une « boîte de Pandore ». 

Quoi qu’il en soit cette nouvelle étude témoigne de l’efficacité de ces suivis participatifs à long terme comme le Breeding Bird Survey pour l’évaluation à grande échelle des effets non ciblés des pesticides. Ce qui jusqu’ici n’avait pas été réalisé sur les populations d’oiseaux. Comme le rappellent les auteurs, ces mesures sont d’autant plus importantes qu’elles servent ensuite de support à la réévaluation des autorisations de mises sur le marché de ces molécules.

 

Source : Li, Y., Miao, R. & Khanna, M. Neonicotinoids and decline in bird biodiversity in the United States. Nat Sustain (2020). https://doi.org/10.1038/s41893-020-0582-x


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