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« Nous devons nous sentir appartenir à la biodiversité »

Sciences participatives

 

L’OFB, Office Français de la Biodiversité issu de la fusion de l’Agence Française de la Biodiversité et de l’ONCFS (Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage) est chargé de la protection et la sauvegarde de la biodiversité. Une de ses missions : sensibiliser la société aux enjeux environnementaux et mobiliser les citoyens. Pour Christophe Aubel, Directeur Général délégué mobilisation de la société à l’OFB, les sciences participatives sont devenues un outil incontournable. Il nous explique pourquoi.

 

Christophe_Aubel (c) Aubel

 

Selon l’Observatoire National de la Biodiversité 135 000 personnes ont été actives cette année dans un programme de sciences participatives liées à la biodiversité. Qu’est-ce que cette implication inédite des citoyens vous inspire ?

Cette augmentation linéaire, incessante, de la participation est impressionnante. C’est une excellente chose. Cela montre qu’il y a un attrait croissant pour la biodiversité, et plus globalement un besoin également croissant, en tout cas pour certains de nos concitoyens, de se connecter à la nature. Parmi tous ces gens impliqués, certains ont toujours eu un rapport étroit à la nature, d’autres beaucoup moins. Parvenir à mobiliser un public très diversifié autour de tous ces programmes est donc une vraie réussite. Réussite sur le plan scientifique également. L’importance des citoyens dans la récolte de données de recherche n’est plus à démontrer. C’est grâce à eux qu’une trentaine de thèses ont pu être publiées ces dernières années par exemple. Les sciences participatives ne se réduisent donc pas à un simple outil de sensibilisation. Pour toutes ces raisons je suis ravi que l’OFB soutienne les différents projets, en particulier à travers notre Unité mixte PatriNat et le vaisseau amiral des sciences participatives Vigie-Nature (1)

Mobiliser et sensibiliser la société est une des grandes missions de l’OFB depuis sa création. Quelle place occupent les sciences participatives ?

L’OFB repose sur un tripode de missions : connaissance, police, mobilisation. La société doit s’engager dans des changements transformateurs pour lutter contre l’érosion de la biodiversité, l’IPBES nous interpelle là-dessus depuis longtemps. Or pour rendre possible ces changements, nous avons besoin d’embarquer le plus grand nombre. Pour ce faire, les sciences participatives sont un outil efficace. C’est pour cela que nous avons noué ce partenariat avec le Muséum national d’Histoire naturelle (PatriNat) pour soutenir des programmes comme Vigie-Nature. Nous avons par ailleurs lancé des projets comme Enquête d’eau, qui propose aux personnes volontaires de compléter les connaissances autour des milieux aquatiques, en suivant notamment les espèces exotiques envahissantes. Et puis l’OFB soutient financièrement l’animation du portail OPEN, une porte d’entrée unique vers tous les programmes de sciences participatives liés à la biodiversité. Chacun peut ainsi agir comme il l’entend, selon ses propres choix de vie. Ce portail commun solidaire, comme tous les projets de sciences participatives que nous soutenons, s’inscrit dans une démarche collective de mobilisation des citoyens.

Le point commun entre ces programmes est de faire découvrir la biodiversité qui nous entoure. Une biodiversité « ordinaire » que nous avons tendance à ignorer, surtout en ville. En quoi cette approche peut-elle changer notre rapport à la nature ?  

Je pense qu’il faut insister sur la nature où qu’elle soit, quelle qu’elle soit. Devant la maison, dans le jardin. Nous devons donner aux enfants et aux adultes l’envie de la découvrir. C’est comme ça que nous parviendrons à changer notre relation au vivant. Nous devons nous sentir appartenir à la biodiversité, à la nature, en cessant de la regarder depuis l’extérieur. Il y a plein de moyens de faire partie de ce grand tout. Certains vont être sensible à une mare en train de disparaitre, d’autres à la beauté d’une espèce. D’autre encore à un film, à une image, à un livre. Les changements doivent d’abord se faire dans nos têtes et les expériences de nature sont multiples pour nous y aider.

 

 

Nous nous sommes croisés au Congrès mondial de la Nature à Marseille début septembre. Qu’en avez-vous retenu ?

La communauté a besoin de se réunir, d’échanger, de prendre des résolutions. L’UICN a beaucoup travaillé pour préparer le cadre post-2020 avec des objectifs ambitieux pour 2030. Mais ce qui m’a beaucoup intéressé ce sont les Espaces Générations Nature. Pour la première fois, la fine fleur mondiale de la biodiversité côtoyait le grand public. Ces espaces proposaient des activités concrètes et non pas de « simples stands avec de la documentation ». Que ce soit à travers des expériences de réalité virtuelle, des jeux de plateaux, des expositions, des conférences interactives, le public – qui n’était pas seulement le public habituel des salons nature - a pu faire de vraies découvertes. Car il faut aller chercher le citoyen. Par tous les moyens. Et ne pas laisser ces questions entre les mains des habitués. Si la biodiversité s’impose progressivement dans la population - nous avons même franchi un cap selon moi ces dernières années -, elle n’a pas encore l’importance des questions climat/énergie. Pourtant les enjeux sont tout aussi importants.

Comment conduire la population – a fortiori les pouvoirs publics - à s’intéresser davantage à ces problématiques ?

La force de la biodiversité repose sur un constat simple : quand on agit localement, ça se voit. Dans sa commune, dans son quartier, chez soi, on peut faire des choses concrètes et obtenir des résultats visibles rapidement. Lorsqu’on arrête les produits phyto par exemple, les insectes ou la flore reviennent ; le programme Sauvages de ma rue le montre très bien. Vous avez des témoignages enthousiasmants de participants à Vigie-Nature qui expliquent que le fait de jardiner différemment a un impact sur les papillons, les insectes observés. Sur le plan politique, les élus, les décideurs engagés sur ces questions peuvent mettre en avant la capacité à changer les choses de façon positive. Si on poursuit le parallèle avec le climat, on aura beau faire tout ce qu’il faut en faveur de celui-ci, par exemple réduire au maximum les émissions de GES dans une commune, le réchauffement climatique ne va pas s’arrêter pour autant. Il faut insister sur notre fort pouvoir de changement concernant la biodiversité. Vis-à-vis du public et des acteurs. C’est comme cela que les transformations plus globales s’amorceront.

Quels sont les chantiers qui se profilent à l’OFB pour mobiliser la société ?

Nous allons développer à partir 2022 une stratégie visant à aller plus loin avec une stratégie: « l’OFB et les citoyens ». Elle mettra en cohérence tout ce que nous faisons, depuis les interactions dans les territoires entre nos agents et le public, jusqu’à des programmes dédiés. Par exemple nous allons continuer à apporter notre soutien aux sciences participatives en tant que telles dans une perspective de reconnexion de la société à la nature. Mais nous voulons aller au-delà en proposant aux participants actuels d’aller plus loin, en les accompagnant dans les changements transformatifs qui s’imposent. Ils sont tous convaincus de l’intérêt de leurs actions, ils montrent une vraie sensibilité à la nature : aidons-les à s’impliquer davantage, à agir différemment. Dans la vie de tous les jours (alimentation, transports, mode de consommation) mais aussi comme citoyens. Un exemple : inciter sa commune à faire un Atlas de la biodiversité communale ou de devenir Territoires engagés pour la nature. Un nouveau défi que nous pourrions relever avec Vigie-Nature.

 

 

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[1] Vigie-Nature est porté par l’OFB à travers l’Unité mixte (OFB/MNHN/CNRS) PATRINAT.

 

 

 

 

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