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Planche en bois ou coupelle en terre cuite ? Ceci n’est pas un détail.

Sciences participatives

Pour l’Opération Escargots, cette année est particulière : En donnant le choix d’utiliser différents matériaux pour l’abri à escargots et limaces, c’est une expérimentation à grande échelle à laquelle les observateurs participent… Mais quel est le but de cette expérimentation ? Pour le comprendre, il nous faut nous tourner vers les gastéropodes mais aussi les observateurs.

La problématique subtile des planches pour les mollusques
Pour participer au suivi des escargots et limaces, offrez-leur un abri dans votre jardin, en surelevant un côté. Laissez reposer, au moins un mois, le temps que les mollusques repèrent et commencent à utiliser cet abri pour se protéger de prédateurs, de la chaleur et de la déshydratation. Le temps venu, retournez délicatement l’abri pour constater qui s’y est réfugié : identifiez les espèces et dénombrez les individus. Goutez à la satisfaction de mieux connaître les habitants de votre jardin…
Mais revenons à l’abri : tout comme nos habitations, il est potentiellement plus ou moins apprécié selon sa nature. Lors du lancement d’Opération Escargot, en 2009, le protocole indiquait d’utiliser une planche en bois. Ce type de refuge a pour avantage de s’imbiber d’eau lorsqu’il pleut : Les planches gardent l’humidité, précieuse pour les gastéropodes par temps sec.

Cependant, le bois doit être non vernis et non traité puisque les vernis ont une influence sur la porosité du bois, et pourraient potentiellement avoir un effet répulsif pour les mollusques. Si c’est le cas, le constat d’absence de certaines espèces d’escargot sous la planche serait lié à l’effet répulsif du vernis et non à l’absence réelle de ces gastéropodes dans le jardin…
L’essence même du bois peut avoir une influence : les planches en pin seraient moins attractives pour les limaces que celles de peuplier. Il est possible que les escargots aient aussi leurs préférences en matière d’abri, comme ils ont des préférences alimentaires qui varient selon les espèces. Ainsi, selon le type de bois utilisé par les observateurs, les observations recueillies d’un site à l’autre ne seraient pas vraiment comparables : si on observe plus d’escargots dans un jardin que dans un autre, mais que les planches utilisées étaient d’essences différentes, on ne saura pas si les différences d’abondance observées sont dues au type de jardin ou au type de planche. On ne pourra donc pas analyser l’influence du type de jardin, ou de sa localisation, sur les escargots.
De la même manière, la dimension de la planche influence les observations : selon sa taille, le nombre d’escargots qui peut s’y réfugier est différent. Encore une fois, les données ne seront pas comparables si certains observateurs utilisent des planches de 30 centimètres ou d’un mètre de côté…

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Deux Petit-Gris

Pourquoi est-ce si important que les données soient comparables (récoltées de la même manière, selon le même procédé) entre les sites d’observations et dans le temps ? Parce que le suivi de population est bien différent d’un inventaire des espèces : il ne s’agit pas simplement d’observer la présence d’une espèce à tel ou tel endroit mais bien d’établir les variations de populations, à savoir si leur abondance diminue, augmente ou reste stable. Pour que les données soient comparables dans le temps et dans l’espace – et donc savoir, par exemple, s’il y a moins d’escargots en 2023 qu’en 2022 -, il est indispensable que les données aient toutes été récoltées de la même façon. Donc, notamment, que le type d’abri soit toujours le même. Ainsi le choix de l’abri est loin d’être neutre pour faire ce suivi.

La problématique évidente des planches pour les observateurs
Un programme de science participative a pour vocation à recueillir un maximum de données, donc d’être accessible au plus grand nombre : le matériel doit être facile à se procurer et à faible coût. Or, les jardineries et magasins de bricolage ne proposent pas toujours du bois à la coupe qui ne soit ni du résineux, ni traité. De plus, le bois est soumis à une hausse des prix depuis la crise sanitaire, il y a des pénuries et des problèmes d’approvisionnement. Parce que nous avons besoin de beaucoup de données pour pouvoir faire ce suivi, nous cherchons à réduire autant que possible les contraintes imposées par le protocole. Les coupelles en terre cuite de 25 cm de diamètre (celles que l’on met sous les pots de fleur) semblent plus faciles à obtenir à faible coût que les planches, et ont l’avantage d’être plus homogènes entre elles. Elles pourraient donc constituer une bonne alternative aux planches. Mais est-ce vraiment une bonne idée ? Sont-elles aussi attractives que les planches pour les escargots ? Et les participants pourront-ils s’en procurer facilement ? 

Une expérience à large échelle 
Pour répondre à ces questions avant de proposer l’usage des coupelles en terre cuite pour le protocole, une expérience a été menée à petite échelle en 2022 par Elina Mélet-Garel sur des sites du Museum national d’Histoire naturelle. Elle a déposé 53 abris au Jardin des Plantes au cœur de Paris, et à Brunoy, en zone péri-urbaine : des planches de pin (bois brut) et hêtre (bois reconstitué), des soucoupes de 25 cm de diamètre à l’endroit et à l’envers. Au total 161 relevés ont été réalisés en trois sessions : 881 escargots et limaces ont été recensés, appartenant à 11 espèces ou groupes d’espèces. Les plus abondants correspondaient aux espèces les plus communément observées par les participants à l’Opération Escargots (Luisants, Boutons, Petit-Gris, Clausilies, l’Élégante striée, les escargots du genre Cepaea et les « autres limaces »).

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Extrait du rapport d’Elina Mélet-Garel : Graphe des indices d’abondance et de diversité en fonction des supports utilisés. Les médianes (lignes horizontales pour chaque support) ont été comparées pour établir si les différences sont significatives statistiquement.

Les analyses indiquent que la planche de hêtre favorise significativement l’abondance de mollusques par rapport à la soucoupe à l’endroit. Par contre, le type de support n’influence pas la diversité́ observée. Ces résultats suggèrent que l’on observe certes moins d’individus en utilisant des soucoupes (notamment posées à l’endroit) à la place de planches, mais autant d’espèces.
Le fait que l’abondance soit moindre n’est pas forcément un problème pour le suivi des populations, car ce sont les changements de cette abondance relative dans le temps qui sont étudiés : si j’observe le même nombre de petits gris chaque année, quel que soit ce nombre, si les conditions d’observations sont identiques, cela indique que la tendance est stable. Mais si les nombres de petits gris diminuent, toujours avec les mêmes conditions d’observation, cela indique que la population a diminué. Ce qui nous intéresse, c’est d’avoir des chiffres d’abondance collectés de façon identique au cours du temps, et non d’avoir les chiffres les plus élevés possible : le fait d’avoir moins d’individus sous la coupelle que sous la planche n’est donc pas un problème. Et comme le nombre d’espèces est équivalente avec la soucoupe ou la planche, il est possible de suivre autant d’espèces en utilisant la planche que la coupelle. Feu vert pour la coupelle !
Cette étude a néanmoins été réalisée dans un temps assez court, celui d’un stage, et le nombre de données récoltées reste assez faible. Nous voulons donc confirmer ces résultats à plus grande échelle : c’est pourquoi cette année, nous laissons le choix aux observateurs du type de support, et nous pourrons ainsi confirmer (ou non !) les résultats d’Elina. Cette année test permettra également de savoir quel type d’abri est le plus simple à mobiliser pour le plus grand nombre.

Vous pouvez même utiliser les deux types d’abri dans votre jardin et nous transmettre les données, tout en remarquant par vous-même s’il y a des différences !  Et si vous mettez une coupelle, notez que la poser à l’envers sera plus propice pour accueillir les mollusques. Dans tous les cas, n’oubliez pas de relever l’abri d’un côté pour qu’ils puissent y accéder.

Merci pour vos participations !

HD.

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