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Les premiers résultats publiés grâce aux données du protocole ALAMER

Sciences participatives

Les chercheurs de l’équipe du programme de science participative Plages Vivantes ont publié un premier article à partir des données recueillies avec le protocole ALAMER : L’occasion de vous dévoiler les questions scientifiques auxquelles ils s’attachent à répondre et les premiers résultats. 

Bretagne - protocole ALAMER

 

Inscription des recherches dans le contexte politique

En 2008, 41% de la surface marine est déclarée sévèrement impactée par les activités humaines1 et l’Europe adopte la directive-cadre stratégie pour le milieu marin (2008/56/CE). Elle vise à lutter contre les « nombreuses menaces qui pèsent sur le milieu marin, telles que l'appauvrissement ou la dégradation de la diversité biologique et les modifications de sa structure, la disparition des habitats, la contamination par les substances dangereuses et les substances nutritives, et les répercussions du changement climatique ». La stratégie repose sur trois étapes qui sont réitérées dans le temps : évaluer le « bon état écologique » des milieux littoraux et marins et poser des objectifs, surveiller l’évolution, mettre en place des mesures. Aujourd’hui, nous en sommes à l’étape de révision du bon état écologique des milieux. Plus concrètement, l’effet de l’urbanisation et de l’occupation des activités humaines sur le littoral sont abordées à travers 3 volets : l’étude des causes des perturbations humaines, celle des effets directs sur le milieu marin et enfin des effets indirects. Dans ce contexte, l’équipe scientifique à l’origine du programme Plages Vivantes, qui propose le protocole ALAMER, (pour « Algues de la Laisse de MER ») étudie les effets directs sur l’état des habitats benthiques littoraux (changement de composition d’espèces, distribution des espèces etc.).

 

La lumineuse idée d’ALAMER : « lire » dans les laisses de mer !

Diverses méthodes existent ou sont pensées pour évaluer l’état écologique des habitats marins : plongées humaines ou robotiques, utilisation d’avions, de navires ou de satellites équipés de dispositifs technologiques. Néanmoins ces méthodes sont coûteuses, s’appuient sur des technologies complexes ou sont encore en cours de développement, ce qui limite leur utilisation à large échelle. Le pari de l’équipe Plages Vivantes est d’utiliser directement les indices qui sont rejetés par la mer sur le littoral, ce que l’on rencontre lorsque l’on se promène sur la plage, la bien-nommée laisse de mer. Si l’idée semble logique, elle est pourtant peu documentée à ce jour. D’où, une première étape essentielle : quelle étendue d’habitats marins se reflète dans la laisse de mer ? Les données recueillies suivant le protocole ALAMER, entre mai et juin 2020 sur 131 sites, répartis dans 4 zones Natura 2000 en Bretagne, ont permis de faire des analyses pour y répondre, et ont abouti à la publication d’un article2 dans la revue scientifique Ecological Indicators.

 

Le lien entre les laisses de mer et les habitats marins

Que regarder, que mesurer pour mettre en relation la laisse de mer et les habitats marins côtiers ? La couverture d’algues, leur biomasse, leur abondance ? Les analyses statistiques réalisées par Martin Thibault à partir des données recueillies sur les plages et la classification Européenne des habitats marins révèlent que le nombre d’espèces d’algues non flottantes se trouvant dans une laisse de mer est un bon indicateur de la diversité des habitats marins faisant face à la plage. Le lien entre laisse de mer et habitat marin est en effet peu marqué lorsque l’on considère les algues flottantes ou des habitats marins trop éloignés. Alors, à quelle distance se trouvent les habitats marins dont on peut connaitre la diversité en observant la laisse de mer ? On parle d’habitats « donneurs » puisque ce sont d’eux que proviennent les algues venant s’échouer sur la plage. C’est le deuxième résultat à retenir : la corrélation entre la diversité de la laisse de mer et la diversité de ses habitats marins donneurs est significative lorsque la distance entre eux est de moins d’un kilomètre. Autrement dit, le nombre d’espèces d’algues trouvées dans la laisse de mer nous renseigne sur la diversité des habitats marins côtiers, situés dans le premier kilomètre en face de la plage. Enfin, peut-on considérer que les laisses de mer sur deux plages proches apportent la même information ? La réponse est non ! Des plages voisines peuvent avoir des différences plus fortes en termes d’habitats marins donneurs (et donc de composition en algues et plantes marines de leurs laisses de mer) que des plages plus éloignées géographiquement. Il est donc important de recueillir des données sur chaque plage pour évaluer l’état écologique de leurs habitats marins donneurs respectifs.

Pour résumer ces résultats, on retiendra que les algues non flottantes reflètent la diversité et de l’hétérogénéité des habitats marins juste en face ces plages.

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Relation entre la diversité de la laisse de mer et celle des habitats marins côtiers, selon la localisation des habitats donneurs : périphériques (graphes en haut), face àux plages (graphes en bas).

 

D’autres mystères des laisses de mer, dévoilés et à lever

Les données récoltées entre 2017 et 2019 ont permis de mettre en évidence que la richesse en algues et plantes marines des laisses de mer augmente avec la température. Elle varie également en fonction de la latitude : en longeant la côte atlantique, c’est en Bretagne que nous pouvons observer la plus grande diversité d’algues. Et c’est sur des données bretonnes relevées en 2021 que Martin travaille aujourd’hui, avec pour objectif d’identifier les indicateurs apportés par la laisse de mer.  Par exemple, peut-on y lire la température de l’eau, sa salinité, sa profondeur ou même sa turbidité ? Le suspense demeure pour le moment, mais l’initiative est prometteuse. En effet, les résultats acquis à ce jour au sein d’ALAMER ressortent aussi bien des inventaires phycologiques détaillés que des 40 taxons formants la clé d’identification grand public. C’est donc bien grâce à ces inventaires participatifs que les chercheurs pourront apprendre à lire dans les laisses de mer les traces des changements environnementaux, et en particulier l’évolution de l’état des habitats marins côtiers. Longue vie aux balades sur la plage et à l’observation ludique des laisses de mer !

 

En savoir plus sur le programme Plages Vivantes

1  Halpern et Al. (2008) A global map of human impact on marine ecosystem, Science, 319, 58-65

2  Martin Thibault, Elisa Alonso Aller, Pauline Poisson, Christian Kerbiriou, Isabelle Le Viol, (2022) Reading the heterogeneity and spatial structuring of benthic habitats in macrophyte wracks », Ecological Indicators, 142

 

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