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QUBS souffle sa première bougie

Sciences participatives

Vigie-Nature célèbre ce mois-ci le premier anniversaire de QUBS, l'observatoire de la qualité biologique des sols. Merci à toutes celles et ceux qui ont partagé leurs observations ! L'équipe QUBS partage le bilan :)
Dans cet article, il vous est servi accompagné d'un conte issu du projet Sols Fictions.

L'année dernière, mi-novembre, l'observatoire de la Qualité Biologique des Sols a vu le jour (voir l'article Qubs, le suivi du sol dans toutes ses dimensions). Depuis, l'association Noé et l'OPIE ont rejoint l'observatoire : l'équipe QUBS s'est agrandie. Le protocole Opération Escargot, qui est revenu en 2023 sous une nouvelle forme (voir l'article Opération Escargots ressort de sa coquille), est désormais intégré à cet observatoire qui rassemble les observations faites au ras du sol ou sous nos pieds.
Pour sa première bougie, l'équipe a concocté un bilan sur la participation et les observations récoltées. Voici donc de quoi fêter cette première bougie avec vous. Ci-dessous, en guise d'entrée, un extrait (les liens pour accéder au site ou télécharger le bilan complet sont à la suite) :

 

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Extrait du bilan 2023 de QUBS

Accéder au site QUBS
Télécharger directement le bilan

Si l'entrée vous a plu, que vous avez lu le bilan en plat de résistance, voici dans un tout autre registre une suggestion de dessert : un conte dans lequel un invertébré du sol tient un des rôles principaux, et qui rappelle - tout en douceur - d'écouter l'invisible. Il a été rédigé par Marine Legrand pour Les Solifères, un recueil élaboré lors du projet Sols Fictions qui a mêlé sciences et art.

***

CLOPORTES

Dans le creux des racines d’un platane du chemin de Ronde qui entoure la ville, vit une bande de cloportes. Qui les a mis là ? Personne. A l’inverse du platane qui lui a été planté. Disons plutôt personne en particulier et un peu tout le monde à la fois : le jeu du hasard et de la dispersion, la souffleuse à feuille, les intempéries, la nature du sol – c’est-à-dire la qualité particulière de remblais mêlé de terreau qui forme un socle pour les racines des arbres d’alignement...L’ensemble des facteurs en somme, qui font et défont les communautés des pieds d’arbres.

Ce platane-là fait partie des plus vieux du chemin de Ronde, il doit avoir quatre-vingt-dix-sept ans. Ses deux voisins les plus proches ont été remplacés récemment, ils commençaient à se faire vieux. Mais revenons à notre bande de cloportes. Celle-ci a élu domicile dans l’anfractuosité d’une racine de platane soulevée par le temps. Qui a soulevé cette racine de platane ? Personne, pas les cloportes en tout cas qui se sont contentés de s’installer dans l’espace laissé libre à l’abri des pieds, des balais et des truffes des chiens. Cette bande de cloportes discrets et besogneux, aux antennes toujours en alerte, a un rôle important à jouer dans une histoire d’amour, et cette histoire n’aurait jamais eu lieu si les engins municipaux avaient coupé aussi cet arbre-là, âgé de quatre-vingt-dix-sept ans, au lieu de couper ses deux voisins et de l’épargner, lui. Le hasard accumulé peut donc être remercié d’avoir laissé cet arbre sur pied un peu plus longtemps que ses voisins, pour permettre que cette histoire soit maintenant racontée.

Elle commence par un matin d’hiver glacial. Les geais et les corneilles font un boucan d’enfer en se disputant les branches les plus hautes du platane de quatre-vingt-dix-sept-ans. Finalement le geai cède et se retire vers le marronnier du square en bas des remparts. Au même moment une perruche à collier se concentre pour ne pas tomber, accrochée à une branche d’où elle se régale des fruits du platane, qui l’aident à passer l’hiver.

Un peu plus bas le long du tronc, l’écorce s’en va par plaques. Cela donne à l’arbre l’allure d’une peau couverte d’écailles comme la carapace d’une tortue. Ces petites plaques sont le résultat de l’activité d’un champignon, qui sévit sur les platanes en dehors de leur aire asiatique d’origine : en Chine, les troncs des platanes n’ont pas une allure d’écaille de tortues. Là-bas ils ressemblent plutôt à des pattes d’éléphants toutes grises. Derrière ces plaques qui se détachent peu à peu, surtout quand le tronc âgé commence à se creuser par endroit, se trouvent de petits pièges de soie derrière les auvents d’écorce : ce sont les araignées, architectes qui mènent là leurs expériences personnelles selon leurs traditions diverses.

Descendons encore d’un cran le peuplement en escalier du platane aligné et abritons-nous entre ses racines. Nous voici enfin dans le domaine des cloportes. Ils le partagent avec moult acariens, bactéries, champignons, qui œuvrent en compagnie coopérative avec eux au lent travail de décomposition de ce qui tombe par terre : un grand mélimélo de feuilles mortes, cheveux, poussières apportées par le vent, mégots, miettes de pain, fientes.

Dans l’assemblage des décomposeurs, les héros de cette histoire ont une particularité, que personne ne connait, ou plutôt que tout le monde a oublié ou presque : les cloportes colportent. Ils colportent en particulier les secrets qui eux aussi tombent par terre quand on n’y prend garde. Un murmure. Un rire. Un soupir. Une larme de tristesse soudaine. Voilà les cloportes qui s’amènent et ramassent la petite pensée comme ils le font des autres minuscules débris qui passent à leur portée.

Le domaine des cloportes concerne ainsi tout ce qui touche le sol dans un endroit assez abrité pour ne pas être immédiatement balayé par la pluie, le vent, ou la souffleuse à feuille. Ce qui comprend tout un tas de menus objets, mais aussi, de manière moins évidente, tous les secrets auxquels les passants pensent dans la joie ou la peine en penchant les yeux vers le sol, lorsqu’ils sont un peu trop lourds à garder pour soi tout seul.

C’est ainsi qu’une pervenche, par un matin glacial d’hiver, marchant le long du chemin de ronde, laissa tomber son secret par terre, dans un léger soupir, vers le domaine des cloportes. Son secret était tout simple. La pervenche dont nous parlons (vous savez, ces dames qui mettent les contraventions aux voitures mal alignées le long des trottoirs) la pervenche était amoureuse d’un garçon. Pas du garçon boucher ; ni du garçon du bistrot ; ni du garçon coiffeur. La pervenche était amoureuse d’un garçon unique en son genre : le jardinier-balayeur. Car il avait les yeux verts, ou plus précisément : de la couleur de la jeune mousse près d’une source au pied d’un rocher granitique, dans une forêt profonde, qu’elle avait visité enfant. Et ce souvenir retrouvé dans les yeux du garçon la ravissait à un point impossible à décrire. Elle aimait bien ses propres yeux, mais plonger le regard dans celui du garçon balayeur, mystères ouverts sur la forêt sans fin de son enfance lui faisait un tout autre effet que de se regarder elle-même dans la glace le matin au réveil.

« J’aime Ludmilon Miller ». C’était le nom du balayeur. Elle répétait cette phrase à longueur de temps parce qu’elle le trouvait beau et que cette phrase aussi, elle la trouvait belle.

Alors elle disait en elle-même devant sa tasse de thé du matin : « J’aime Ludmilon Miller, le plus beau des jardiniers-balayeurs ». Puis elle enfilait son costume bleu et partait pour la rue avec son carnet à souches. Même si leurs tournées respectives se croisaient chaque matin près du chemin de Ronde, elle n’aurait jamais pu avouer quoi que ce soit. En effet comment une redresseuse de voitures pourrait-elle jamais s’inviter dans le cœur d’un soigneur de pied d’arbre ? Deux destinées à tout jamais incompatibles, entre l’asphalte et le terreau, réconciliation inimaginable entre le monde imperméable et lisse des rues et le sol meuble et tendre des jardins publics.

Chaque matin la pervenche passait par le chemin de Ronde et elle s’arrêtait un instant devant le platane pour converser du regard avec les perruches, les geais, les corneilles. Elle levait la tête vers le ciel et ce spectacle la réjouissait. Et c’est à ce moment précis qu’apparaissait non loin Ludmilon Miller, le jardinier balayeur qui posait un moment son balais contre un banc. Il enlevait ensuite ses gants pour ouvrir les robinets des plates-bandes et arroser primevères, pensées, crocus, rosiers, lavandes, tulipes, pavots, dahlias élégamment installés entre les boules de cotonéaster taillés. Le regard de la pervenche se plongeait alors dans cet océan végétal, opulence de la promenade plantée au sommet du mur d’enceinte de la ville, aux petits soins des yeux couleur de forêt profonde. Elle soupirait alors de joie devant ce merveilleux spectacle.

Or la pervenche un brin mélancolique en ressentant tout cela dans son uniforme bleu et strict, ne savait pas que son secret coulait vers le sol. Elle ne se rendait pas compte que dans chaque soupir, dans chaque pas lourd de ce que qu’elle gardait pour elle, quelque chose s’infiltrait dans l’air vers les racines du platane. Il fallait bien que ses pensées aillent quelque part.

 Les cloportes recevaient chaque matin ces pensées fluides, qu’ils mêlaient aux miettes et aux débris de feuilles, pour les décomposer peu à peu dans leur antre. Ainsi chaque matin le sol recevait ce que les cloportes colportaient. Les bribes de pensées décomposées se mêlaient aux autres débris en voie de sédimentation et le sol s’imprégnait un peu plus de cette pensée non prononcée : « j’aime Ludmilon Miller ! ». Au pied du platane, une rumeur commença bientôt à se faire entendre, au cœur de l’accumulation de confettis de feuilles et miettes, malaxée par les cloportes en discrète carapace grise.

Tant et si bien que le printemps approchant, le sol du pied de l’arbre finit par résonner tout entier de cette pensée. C’était le temps des averses et il plut un grand coup. L’eau coulant vers les racines emmena alors avec elle les pensées, soupirs et murmures muets décomposés par les cloportes vers les racines de l’arbre, qui les absorba. Ces pensées venant de la pervenche étaient minérales, comme le sol des trottoirs qu’elle foulait chaque matin pendant sa tournée. Cela tombait bien pour l’arbre. Justement c’est ce dont il avait besoin pour grandir. Les pensées minérales montèrent donc dans le tronc de l’arbre et les araignées au passage entendirent : « j’aime Ludmilon Miller » ! Puis elles glissèrent dans l’écorce décollée et les champignons entendirent : « j’aime Ludmilon Miller » ! Puis les pensées allèrent jusqu’aux branches les plus basses et la perruche entendit la même chose. Puis elles montèrent tout en haut de l’arbre et geais et corneilles entendirent aussi.

Dans les feuilles, les pensées minérales s’arrêtèrent, elles ne pouvaient pas aller plus haut. Tandis que l’eau s’évaporait dans le soleil à la surface des feuilles, les pensées devinrent autre chose. Prises à la chair des feuilles, qui résonnait encore du murmure muet de la pervenche amoureuse, les pensées s’installèrent dans les cellules entourant les nervures. Elles y passèrent tout l’été.

Enfin vint le moment, l’automne suivant, où les feuilles tombèrent. Le jardinier-balayeur vint alors faire son travail, armé de son seul balais en paille de riz parce qu’il avait horreur du bruit de la souffleuse à feuilles. Il avait fort à faire pour les récupérer toutes et les emmener à l’atelier avec sa petite remorque. Il balaya distraitement d’abord puis réalisa peu à peu que le son était différent par rapport aux années précédentes dans la chanson de son balai : les feuilles semblaient dire quelque chose tandis qu’il les ramassait. Il prêta plus attention. C’est alors qu’il entendit les paroles : « J’aime Ludmilon Miller », disaient les feuilles au contact de la paille de riz, et il reconnut son nom.

Cela ne lui était jamais arrivé d’entendre ainsi son nom prononcé ailleurs que dans une bouche ou sur son propre répondeur. D’où cela pouvait il venir ? Il se demanda s’il rêvait. Mais quand il recommença à balayer son nom revint à ses oreilles. Il avait l’habitude d’écouter le son du balais mais jamais celui- ci ne se mettait à parler de lui ainsi en temps normal. Très étonné, cherchant à éclaircir la situation, il se pencha au pied du platane. Il fouilla les feuilles de ses doigts. Elles faisaient toujours le même son. Il toqua sur le sol, puis sur la base du tronc, de son doigt replié, comme on toque à une porte. Toc. Toc. Toujours le même son. Il se pencha jusqu’à avoir le nez et les yeux quasiment au raz du sable tassé de l’allée. A ce niveau, il demanda enfin : « Il y a quelqu’un ? » Car il fallait bien que cette voix vienne de quelque part. Malgré sa question prononcée tout haut, il ne s’attendait pas vraiment, à ce moment-là, à recevoir une réponse. En retour il entendit pourtant distinctement une voix ronde, grise, qui demandait : « Vous êtes Ludmilon ? ». Celui-ci sursauta. Puis il ne put faire autrement que de répondre « Oui ». « Quelle bonne nouvelle ! » répondit la voix mêlée de poussière. Ludmilon sursauta encore. Assimilant ce nouveau fait, il se dit vite qu’il allait lui falloir renoncer à comprendre pour le moment ce qui allait arriver ensuite. Il resta le nez collé au sol. Il attendait. Quelques secondes plus tard un cloporte à l’allure tout à fait banale s’extirpa de l’ombre, s’approcha de lui et lui frôla le bout du nez de ses antennes. Ludmilon faillit sursauter, mais se retint. L’animal grimpa ensuite sans hésiter sur sa joue qui était tout près du sol et vint se promener sur son front. Le balayeur n’eut même pas le début du réflexe alors de se secouer ou de repousser la petite bête d’une pichenette. « Qui êtes-vous ? » demanda le balayeur. « Je suis un cloporte. Je n’ai pas d’autre nom » répondirent les nombreuses petites pattes qui marchaient sur son front. « Comment connaissez-vous mon nom ? Pourquoi êtes-vous montée sur mon front ? Que se passe-t-il ? Je crois que je suis un peu perdu...»

« Ça ne fait rien, ça. Ce qui compte, c’est que vous avez bien. Bien fait, oui, de coller le nez à notre porte. Nous avons beau colporter comme il se doit tous les secrets qui tombent à notre portée, nous ne sommes jamais sûrs ensuite qu’ils arrivent là où ils doivent en venir. Vraiment, oui, je suis ravie de faire votre connaissance. Ca n’est pas souvent qu’un visage se penche ainsi jusqu’à nous. »

Le balayeur ouvrit la bouche pour répondre. Mais il avait perdu l’usage de la parole. Il commençait aussi à avoir une crampe dans le bas du dos. Il n’osait pas bouger, pourtant. Il était saisi. Le cloporte à voix de grand-mère s’arrêta un instant, lui, entre ses deux sourcils. Les yeux du balayeur qui tentaient de suivre sa trajectoire louchaient sérieusement. Le cloporte pendant ce temps-là semblait chercher à rassembler ses pensées. Puis il longea un sourcil et monta sur le haut de son oreille. Les yeux de l’homme le suivirent, comme pour mieux l’écouter. La carapace poursuivit son discours, dans une légère agitation : « Je n’ai pas l’habitude de faire ça, mais la situation l’exige, je crois. Sinon ça n’en finira pas. Ca résonne de partout ! J’ai un secret pour vous. Je ne devrais peut-être pas vous le dire, mais c’est plus fort que moi. » La voix se fit mal assurée, plus ténue: « Une rumeur court sur votre compte. Vous ne l’avez apparemment pas remarqué. » Quelques pas sur l’oreille. Puis le colporte dit le secret : « Il y a une femme qui vous aime ». Le balayeur, entendant ces paroles, se sentit rougir. Son cœur s’accéléra soudain : « Une...une femme ? » Il avait à peine absorbé cette idée qu’il sentit le colporte qui allait quitter son visage : « Attendez, ne partez-pas ! Qui-est-ce ? » Le cloporte était déjà par terre. Il se retourna et chatouilla le menton du balayeur avec ses antennes. L’homme entendit une voix lointaine : « Il fait trop sec pour moi ici. Je ne me sens pas bien. Il faut que je rentre ». La voix hésita puis dit encore : « Elle porte un costume bleu ». Enfin la petite forme grise fila dans l’ombre où elle disparut.

Le jardinier cligna des yeux, fronça des sourcils, puis se releva lentement. « Une femme qui vous aime ». Il recommença à balayer, d’un geste mal assuré. La tête lui tournait. Il tendit l’oreille, mais il n’entendait plus son nom dans les feuilles. Décidément, il se dit qu’il avait dû rêver. Pourtant il sentait encore en lui la chaleur de cette pensée : « Une femme qui vous aime ». C’était doux.

Quelques instants plus tard, en regardant vers l’allée, il sentit le rouge lui remonter aux joues en voyant s’approcher une silhouette toute bleue. C’était une femme en tailleur bleu avec un petit chapeau bleu et dans la main un carnet carbone à couverture bleue. Elle marchait lentement, le regard nageant dans les vagues de feuilles que faisaient ses pieds en les soulevant. Il avait déjà peut- être vu bien des fois cette silhouette, il n’en savait rien. Quand il était au jardin, il ne faisait pas d’habitude particulièrement attention aux gens. C’est avec les plantes et l’eau, avec le vent et les oiseaux qu’il était le plus souvent en conversation. Mais la silhouette s’approcha encore et cette fois- ci, il ne la quittait pas des yeux. Quand elle passa tout près de lui, ayant senti son attention, elle tourna son visage vers lui, avec un léger sourire. Il vit alors ses yeux à elle tout aussi bleus que le reste. Il vit une falaise rocheuse et la surface immense de l’océan. Puis la douceur mielleuse des fleurs jaunes du genêt, la lande au soleil de midi. Enfin les vagues, émeraudes, qui se succèdent et déferlent irrépressibles.

Il sentit monter en lui une envie forte et soudaine de parler à cette femme. Ce qu’il fit. Cela tombait bien car elle en avait vraiment envie aussi. Elle parla en retour. Ils se parlèrent donc, ils se parlèrent, longtemps, longtemps. Mais personne ne sait ce qu’ils se dirent car ils se le dirent tout bas, et même les cloportes, au creux de l’arbre, ne l’entendirent pas.

***

Si vous avez pris le menu en entier, bonne sieste ou promenade digestive,
et bonnes fêtes de fin d'année,

HD.

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