Back to top
bandeau.jpg

Sur les réseaux sociaux, on aide la science sans le savoir

Sciences participatives

 

Des scientifiques révèlent la haute valeur scientifique de simples photos de biodiversité postées sur un réseau social bien connu, Flickr. 

 

2021-09-02_6.png

 

Aider les chercheurs, sans même s’en apercevoir : c’est ce que les anglo-saxons nomment la passive citizen science, les sciences citoyennes passives. Tous les jours, à chaque instant, des milliers de photos de nature rejoignent les réseaux sociaux. Un beau papillon posé sur la table du jardin, un oiseau planant devant un coucher de soleil un soir d’été :  figer une scène qu’on aimerait éternelle et partager ce souvenir sur la toile est devenu un sport international. Plus de deux milliards de personnes échangent ainsi sur Facebook, Twitter et autres plateformes de partage numérique. Si bien que ces derniers abritent désormais de gigantesques banques d’images que les chercheurs commencent à lorgner avec intérêt. Et si nos réseaux sociaux s'étaient transformés en de puissantes bases de données naturalistes ?

Pour évaluer ce potentiel, un groupe de chercheurs de l'Université de Cardiff au Pays de Galles s’est penché sur Flickr, une banque d’image utilisée par plus de deux millions de photographes amateurs dans le monde. En février 2017, le site hébergeait près de 13 milliards de photos. Y figurent quantité de clichés animaliers, généralement géo localisés et bien décrits par les auteurs. Une véritable mine d’or : en 2012, un entomologiste américain y avait même découvert une nouvelle espèce d’insecte. Cette fois, l’étude publiée dans PLOS ONE a comparé les données de Flickr avec celles de l'Atlas du National Biodiversity Network (NBN), la plus grande collection de données sur la répartition de la faune et de la flore au Royaume-Uni. L’idée ? Vérifier que le réseau social et la NBN apportent les mêmes informations sur la répartition des espèces.

1 500 animaux et végétaux furent choisies, les plus communs de l’atlas et donc les plus susceptibles d’avoir été pris en photos. Pour les dénicher sur Flickr, les scientifiques ont appliqué différents filtres à partir des descriptions généralement associées. L’intelligence artificielle a fait le reste. Grâce à la reconnaissance profonde d’image de l’interface Google Cloud Vision, les photos ont pu être sélectionnées et classées par espèces, quand bien même aucun nom ne leur était attribué. Dans le top dix on y retrouve pêle-mêle les pâquerettes, les jacinthes ou le lierre pour les plantes ; l’écureuil gris, le lapin, le cygne pour les animaux. Les chercheurs ont ensuite mis en parallèle les deux jeux de données en vérifiant l’emplacement géographique des espèces, et ce sur des périodes de 3 mois, 6 mois et 12 mois pour tenir compte des variations d’abondance au cours de l’année.

journal.pone_.0255416.t002.png
Le top 10 des espèces retrouvées sur Flickr 

 

Résultat ? 90 % des espèces les plus communes de l’atlas se retrouvent sur Flickr. Et les répartitions spatiales et temporelles se superposent. Autrement dit le réseau social fournis des informations écologiques fiables. C’est surtout vrai pour les espèces les plus photographiées comme les oiseaux des jardins. Ça l’est moins pour les plantes. Reste que ces travaux illustrent la puissance de l’outil. Thomas Edwards et son équipe souhaitent maintenant s’attaquer à des réseaux sociaux plus en vogue comme Twitter et Facebook.  « Les médias sociaux sont devenus une source d'information en temps réel qui peut contribuer à la détection de tendances, d’alertes précoces dans des domaines critiques tels que les changements écologiques, les problèmes environnementaux et les changements dans les écosystèmes » annoncent-ils dans la publication.

A l’heure où la mise en œuvre de programmes de sciences participatives exigent des moyens humains et financiers, piocher dans les réseaux sociaux est une méthode séduisante pour les chercheurs qui réclament par ailleurs de plus en plus de données de biodiversité. La science participative du futur sera-t-elle passive ? L’une des grandes vertus des sciences participatives à proprement parler, à savoir l’observation active par les observateurs, la sensibilisation par le contact avec la nature, est aussi importante que les données récoltées. De plus à Vigie-Nature, les données récoltées de façon répétées selon une feuille de route plus ou moins structe permet de faire des suivis de populations dans le temps et l'espace, chose incompatible avec les données opportunistes type flickr. Facebook ne supplantera donc pas le Spipoll. C'est certain. Un développement parallèle voire conjoint des deux procédés, actifs et passifs, semble plutôt se dessiner dans un futur proche.

De plus la technologie doit encore évoluer : « L'API Google Cloud Vision ne pouvait pas faire la différence entre une coccinelle à 10 points et une coccinelle à 22 points », reconnaissent les scientifiques. Certaines espèces comme le lierre échappaient aussi à la vérification d'image automatique. Mais les progrès de l’intelligence artificielle pourraient faciliter ces tâches dans les années à venir. Et pourquoi pas débusquer des animaux ou des plantes en arrière-plan d’une photo, capturés involontairement ? Les chercheurs y pensent. Car derrière le papillon posé sur la table du jardin, il y a des arbres, des plantes, un oiseau… Autant de nouvelles informations à disposition. Les données de sciences participatives se cachent décidément partout.

 

 

Accéder à la publication 

Fond de carte