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Vigie-flore, 15 ans, un bilan

Sciences participatives

15 ans de suivis de la flore commune, 428 membres participants, 147 444 observations… Des comptes sont faits dans le bilan, qui rapporte aussi des résultats scientifiques et des souvenirs. Témoignages, photos, illustrations réalisées par des participantes… Bref, un document pour faire trace de cette aventure commune, dont quelques éléments sont repris dans cet article.

Fin octobre, les Vigie-floristes se sont retrouvés à Montpellier et autour du lac du Salagou (Grand site Natura 2000), avec les relais du programme Sauvages de ma rue, le réseau des vérificateurs de Tela Botanica, et des invités, ethnobotaniste, naturalistes, scientifiques, gestionnaire du Grand Site Natura 2000... Une belle sortie pour les quinze ans de Vigie-flore ! 15 ans de suivi de la flore commune, 428 membres participant, 3 820 placettes échantillonnées, 2 623 espèces et 147 444 observations… Des comptes sont faits dans le bilan des 15 ans, qui rapporte aussi des résultats scientifiques vulgarisés, des souvenirs sous forme de témoignages écrits et de photographies, des illustrations réalisées par des participantes… Bref, un document pour faire trace de cette aventure commune, dont quelques éléments sont repris dans cet article… dont le but n’est ni plus ni moins de vous donner envie de le lire. Attention, il ne s’agit pas d’un résumé, mais plutôt d’un pot-fleuri.

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Chaque année, des rencontres Vigie-flore sont organisées.

 

Pourquoi un suivi standardisé de la flore commune ?

Bien qu’on vienne chatouiller la complexité pour répondre à cette question, les arguments sont clairs et exposés en préambule.
Indice numéro 1 : les espèces communes « constituent le socle, la structure et les fonctions des écosystèmes ». Peut-être pas rares ni menacées mais tout simplement essentielles au maintien de nos milieux tels que nous les connaissons.
Indice numéro 2 : « La standardisation de la collecte des données permet de réaliser des comparaisons de la flore échantillonnée à la fois dans l’espace et dans le temps. » Sans cela, pas d’analyse possible, pas d’éléments tangibles pour décrire les modifications à l’œuvre dans les milieux.
Certes le protocole est engageant : recenser toutes les espèces présentes sur des placettes de 10 mètres carrés, à raison de 8 placettes par maille (zone de 1km carré). Des fois, retourner sur les placettes est une aventure en soi comme en témoignent Jean-Luc Gorremans, Christine Quenaon et Marie-Françoise Lechap. Un florilège bien fourni et rafraichissant est aussi consultable dans un article précédent à l'occasion des 10 ans (la placette la plus embarrassante, la plus acrobatique, la plus savoureuse et bien d'autres...). Un protocole engageant donc, et des surprises sur le chemin... mais tou.te.s les vaillant.e.s Vigie-floristes contribuent à quelque chose de précieux : grâce à leurs observations répétées chaque année, le suivi de la flore commune à l’échelle nationale fournit un jeu de données unique en son genre. C’est la seule base de données qui permet de rendre visible et alerter sur des transformations d’ampleur qui s’opèrent discrètement pour la flore commune, chiffres à l’appui.
 

Des transformations de la flore avec la hausse des températures

On savait théoriquement que le réchauffement des températures allait avoir des conséquences sur le vivant. Concernant les plantes, de telles conséquences ont été mis à jour scientifiquement. Des changements de phénologie (temporalité des évènements liés au cycle de vie) comme par exemple la modification de périodes de floraisons. Des changements de distribution (localisation des populations de plantes), avec des études qui montrent que nombre de plantes migrent vers les hauteurs.  Par exemple, la cardamine à sept folioles « a gravi » 173 mètres. Depuis 50 ans, on recense cinq fois plus d’espèces sur les sommets européens1. Le chemin vers des conditions favorables pour vivre et se reproduire semblent plus aisé dans le sens de l’altitude que de la latitude (peu de décalages latitudinaux d’aire de répartition ont été recensés2). Une dispersion vers le nord est potentiellement rendue plus ardue du fait des distances à parcourir et de la fragmentation des habitats. 
Les études se concentrent en général sur des espèces menacées ou de montagne.  Que se passe-t-il pour les autres ?  Grâce aux Vigie-floristes, l’évolution des populations des plantes sauvages les plus communes - pour lesquelles il y a suffisamment de donnée d’observation - est connue : des tendances temporelles ont été calculées pour près de 550 espèces. Certaines sont stables, comme la Luzerne naine, d’autres déclinent, comme le Millepertuis perforé, et un plus petit nombre augmentent, comme l’Alliaire officinale.

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Exemples de tendances temporelles de l'abondance pour 3 espèces, estimées grâce aux observations

 

Lors de sa thèse3, Gabrielle Martin avait mis en évidence que les communautés de plantes changent avec l’augmentation des températures(voir l'article du blog à ce sujet ). Les populations des plus frileuses (pour ne pas dire "celles dont les préférences thermiques sont les plus basses") diminuent. Ce sont les plantes annuelles qui sont les plus affectées, celles dont la vie dure un an. Et si les communautés de plantes sont ainsi modifiées, cela implique des changements pour tous les autres vivants qui sont en interactions avec elles.
 

Des transformations de la flore avec le déclin des pollinisateurs

Une autre analyse des données récoltées par les Vigie-floristes montre que les populations de plantes dont la reproduction dépend des pollinisateurs déclinent. On estime que 78 % des espèces végétales des régions tempérées dépendent des pollinisateurs pour leur reproduction5.  Pas besoin d’être scientifique pour imaginer que le déclin des pollinisateurs puisse avoir un impact sur les plantes qui en sont dépendantes. Mais pour le prouver, oui ! Effectivement, plusieurs études6 ont pu établir que les plantes dépendantes des pollinisateurs pour leur reproduction sont vulnérables au déclin des pollinisateurs, qui eux-mêmes souffrent du déclin des ressources florales. Ces études se sont focalisées sur les espèces rares et les extinctions locales de plantes, mais peu de travaux ont abordé cette question pour les espèces communes, soit la majorité de notre flore. Ce que l’on peut dire aujourd’hui à partir des données de Vigie-flore, c’est que les espèces dépendantes des pollinisateurs pour leur reproduction se raréfient en moyenne plus que celles qui en sont indépendantes. Quelques noms d’espèces concernées : l’asphodèle à petits fruits (Asphodelus ramosus), la vipérine commune (Echium vulgare), la menthe aquatique (Mentha aquatica).

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Quelques explications en images pour comprendre ce beau graphe :

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Revenons au graphe scientifique au dessus de l'explication en image. Il s'agit d'une représentation et elle ne permet pas de conclure visuellement quoi que ce soit : ce sont les résultats de l’analyse statistique qui comptent ! Seuls eux permettent de mettre en évidence des différences significatives. Sur les graphes, une différence significative est représentée traditionnellement par une petite étoile, que vous trouverez ici juste à gauche de Mentha aquatica. Cette petite étoile indique que statistiquement il existe bel et bien des différences entre les tendances temporelles des plantes selon leur degré de dépendance aux pollinisateurs.

Alors si les plantes dépendantes aux pollinisateurs se raréfient, les pollinisateurs qui ont besoin d'elles peuvent se retrouver sans nectar ou pollen. Que se passe-t-il pour ces communautés de plantes et d'insectes ? Un vortex, le déclin des un.e.s entrainant celui d'autres ? Les un.e.s et les autres migrent-ils au même rythme vers des conditions favorables à leur survie ? Y a-t-il apparition de stratégies d'adaptation, avec des formes de compensation ? Comment sont liées leurs dynamiques de populations ? C'est encore avec des données de Vigie-Nature, que Solène Agnoux se penche sur la question. Les conséquences des changements actuels sur les interactions plantes-pollinisateurs est son sujet de thèse.

 

Avis aux botanistes !

Comme l’indiquent les informations sur la participation publiées dans le bilan, le nombre de maille suivies décline depuis deux ans. Et les mailles dans les prairies sont sous-échantillonnées par rapport à la surface que les prairies occupent en France métropolitaine. Peut-être qu’une maille est proche de chez vous, qu’elle n’attend plus que vous ? Pour couper court à cet insoutenable suspense, il n'y a qu'à consulter la carte des mailles.
Toutes les informations pour participer sont indiquées sur le site de Vigie-Nature, en commençant à la page Vigie-flore et l’équipe Vigie-flore répondra à toutes vos questions, que vous pouvez adresser à vigie-flore@mnhn.fr.  Vous pouvez également vous rapprocher des Vigie-floristes qui ont accepté d’être référentes et référents régionaux, et vous aideront dans la mesure de leur disponibilité.

 

HD.

Pour aller plus loin sur la pollinisation :
La pollinisation est-elle en crise ? par Emmanuelle Porcher
Le Rapport IPBES

Références bibliographiques :
1 Steinbauer m. J. et al. 2018. accelerated increase in plant species richness on mountain summits is linked to warming. Nature, 556 (7700), 231-234.
2 Bertrand r. et al. 2011. Changes in plant community composition lag behind climate war- ming in lowland forests. Nature, vol. 479, no 7374, p. 517-520.
3 Thèse de doctorat de Gabrielle Martin : Modification des communautés végétales en contexte de changement global
4Short-term climate-induced change in French plant communities, Gabrielle Martin, Vincent Devictor, Eric Motard, Nathalie Machon and Emmanuelle Porcher
5 Ollerton J. et al. 2011. how many flowering Plants are Pollinated by animals? Oikos 120 (3): 321–26.
6 Biesmeijer J. C. et al. 2006. Parallel declines in Pollinators and Insect-Pollinated Plants in britain and the netherlands. Science 313 (5785): 351–54.

Les illustrations sont tirées du bilan mis en page par Laetitia Brevet, excepté le "comprendre le graphe".

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