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cerveau © A Health Blog

Comment les sciences participatives nous transforment individuellement

Sciences participatives

 

Que gagnons-nous, personnellement, à faire des sciences participatives ? Une méta-analyse confirme à grande échelle ce que nous commencions à observer : les bénéfices individuels sont multiples

 

Nous insistons régulièrement sur les bénéfices individuels des sciences participatives. A Vigie-Nature, de plus en plus de chercheurs en sciences humaines s’intéressent de près à ce mystérieux « Homo participus » dont la population ne fait que croître depuis une dizaine d’année. En 2012, en interrogeant des participants débutants à l’Opération papillon, la chercheuse Alix Cosquer a pu montrer (1) que près de 90% d’entre eux reconnaissent avoir progressé dans leur connaissance de la biodiversité, et affirment pouvoir encore progresser dans l’avenir. Un phénomène qu’ a aussi pu mesurer Nicolas Deguines sur les observateurs du Spipoll. Prendre des photos d’insectes pollinisateurs et tenter de les identifier accroît significativement la connaissances des espèces, ce d’autant plus que les spipolliens participent régulièrement. Mais plus que l’apprentissage, se frotter à la biodiversité pourrait changer nos comportements, comme le suggèrent quelques témoignages de compteurs de papillons. Exemple : « les papillons m'ont obligé à planter des plantes plus aromatiques dans le jardin parce que, bon ... nous en avions déjà, mais pour pouvoir regarder les papillons, j'ai décidé d'en ajouter d'autres, ce qui a également modifié la structure du jardin. »

Malgré ces résultats passionnants qui mettent en lumière quelques bienfaits personnels, ce champ de recherche est encore balbutiant. Cela ne veut pas dire que rien n’a été produit, loin s’en faut, comme nous le montre cette équipe de recherche allemande qui a eu la bonne idée de synthétiser plusieurs articles scientifiques passant notre Homo participus au scanner des sciences humaines. Les chercheurs ont compilé 14 articles français et étrangers publiés entre 2010 et 2017, chacun portant sur des participants de science participative liée à la biodiversité (des équivalents de nos observatoires Vigie-Nature). 

 SPIPOLL 2013 National © MEvanno

Le spipoll accroît significativement la connaissances des pollinisateurs

 

Connaissance et compétences

« Toutes les études portant sur la connaissance de l'environnement ont montré une augmentation [de cette dernière]» expliquent les auteurs, se basant sur 11 articles étudiant précisément ce paramètre. La principale connaissance acquise porte sur la biologie des espèces impliquées dans le programme, souvent des espèces charismatiques - abeilles, papillons, plantes envahissantes ou en voie de disparition. Cette connaissance environnementale ne se limite pas aux espèces, ajoutent les auteurs, elle s’étendent à « la connaissance des écosystèmes locaux, à la compréhension des problèmes d’écologie et de conservation et à la prise de conscience de l’impact de l’activité humaine sur l’environnement. »

6 articles sur les 14 pointent également les compétences scientifiques acquises, par exemple la capacité des participants à identifier des espèces ou groupes d’espèces mais aussi la maitrise des méthodes de mesure ou de comptage.

Lire l’article  : Le Spipoll : "une solution ludique pour apprendre la diversité des pollinisateurs"

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Les 14 articles passés en revue et leurs résultats

 

Comportement et attitude

Après les connaissances et les compétences, les sciences participatives auraient une influence sur notre comportement. 9 articles en témoignent, dont celui – « home made » - d’Alix Cosquer mentionné plus haut. Les études pointent d’une part les changements de pratique de jardinage plus respectueuses  des papillons et des autres pollinisateurs. Comment ? En arrêtant les pesticides ou en intégrant des plantes hôtes autour de chez soi. Les auteurs relèvent aussi chez les participants un certain respect de la nature et un engagement dans des actions de conservation des espèces, avec une volonté de recruter des personnes de leur entourage. En côtoyant de près les espèces, des participants changeraient même leur appréciation de celles-ci : certaines peurs, par exemple, disparaissent.

« Cependant, les changements de comportement ont parfois été jugés plus superficiels et passifs que souhaité » tempèrent les auteurs, prenant pour témoin une étude (3) sur un programme de référencement des espèces végétales invasives. « Seulement un tiers des participants avaient changé de comportement et que ce changement était généralement lié à des changements de mode de vie personnel ». Reste qu’une seule étude sur les 9 n'a révélé aucun changement de comportement.

Lire l’article : L’attention à la biodiversité dans la vie quotidienne

Jardin

Les études pointent les changements de pratique de jardinage chez les participants, plus respectueuses

Partenariats et collaborations

Outre ces bénéfices principaux, l’analyse en évoque d’autres marginalement étudiés mais certainement réels. On peut citer le sentiment de satisfaction, de contribution et de réussite, d’appartenance à une communauté, sans oublier les bénéfices physiques, psychiques, et la reconnexion à la nature. Autant de sujets d’étude sur lesquels se penchent en ce moment-même nos chercheurs du Muséum.

Mais nous n’en sommes qu’au début. Selon les auteurs, le peu d’études disponibles (14 articles) s’explique par l’intérêt très récent pour ces questions. Pour plus d’efficacité, les chercheurs plaident pour la mise en place de partenariats et collaborations avec des spécialistes en sciences sociales, ce dès la phase de conception du projet participatif, « afin de garantir l'intégration des travaux sur les participants. »

Amélioration des connaissances en écologie, acquisition de compétences d’identification, comportement plus vertueux et engagement pour la conservation : cette synthèse conforte nos résultats, désormais corroborés par de nombreux travaux internationaux. 

 

(1) L’attention à la biodiversité dans la vie quotidienne

(2) Le Spipoll : "une solution ludique pour apprendre la diversité des pollinisateurs"

(3) Jordan, RC; Gray, SA; Howe, DV; Brooks, WR; Ehrenfeld, JG Acquisition de connaissances et changement de comportement dans les programmes de science-citoyens. Conserv. Biol. 2011 , 25 , 1148-1154

Source : Participant Outcomes of Biodiversity Citizen Science Projects: A Systematic Literature Review. by Maria Peter 1,2,*,Tim Diekötter 2 andKerstin Kremer 3,4. https://www.mdpi.com/2071-1050/11/10/2780/htm#

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