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SHOC © Hugo Struna-mnhn

SHOC : « les espèces nordiques arrivent de plus en plus tard »

Sciences participatives

 

Cet hiver, dans le cadre du SHOC, le Suivi Hivernal des Oiseaux Communs, des centaines d’ornithologues vont braver le froid pour observer les oiseaux communs près de chez eux. J’ai rencontré l’un d’eux, Michel Sitterlin, lors d’un « passage à vide » près du Bois de Vincennes, 15 jours avant son premier comptage.

Le SHOC, Suivi Hivernal des Oiseaux Communs, est un programme de science participative qui consiste à observer les oiseaux communs en hiver. Contrairement à son cousin, le STOC, Suivi Temporel des Oiseaux Communs qui, lui, s’intéresse aux oiseaux nicheurs à la belle saison. Si le protocole se veut relativement simple, il requiert néanmoins quelques rudiments dans la reconnaissance des espèces. Sur un parcours qui vous est attribué près de chez vous, il faut noter, en marchant, tous les oiseaux rencontrés. L’œil vif, l’identification rapide sont de rigueur ! Vous n'avez que deux sorties à faire : une en décembre et une autre en janvier.

Observer les oiseaux en hiver

Etudier les oiseaux hivernants sur le territoire est d’un intérêt majeur. Dès l’automne, des espèces comme le Pinson du Nord, le Pluvier doré originaires du Nord ou de l’Est viennent s’ajouter aux populations nicheuses locales. Une partie des Mésange bleue, Rougegorge ou Corbeau freux également issues des régions septentrionales viennent rejoindre leurs congénères restés sur place. Or, aussi bien pour les migrants que les sédentaires, on connait assez mal leurs mouvements et leur comportement pendant la saison froide. Combien d’espèces arrivent sur le territoire, et comment se répartissent-elles selon les milieux ? Les oiseaux dépendent en effet de ressources alimentaires différentes de celles mobilisées au printemps, et donc peuvent être amenés à se déplacer. L’objectif du SHOC est enfin de mettre en relation les tendances observées avec des facteurs tels que l’intensification de l’agriculture, la météo hivernale ou le réchauffement climatique.

Les premières tendances

Depuis son lancement en 2014, près de 350 observateurs ont bravé le froid, 234 rien que l’hiver dernier dans tout le territoire ! Les nombreuses données récoltées nous ont permis de repérer quelques tendances. On voit par exemple que les espèces grégaires en hiver, comme l’Etourneau sansonnet ou l’Alouette des champs, et les espèces généralistes en augmentation, comme le Merle noir ou la Mésange charbonnière, sont les plus fréquemment enregistrées et les plus abondantes. Plus intéressant : nous nous sommes aperçus cette année que se dessinaient des groupes de spécialisation par milieu, globalement cohérents avec les données obtenues au printemps. Mais pas tout à fait… Parmi les 51 espèces communes à la belle saison et en hiver, 12 espèces (dont la Linotte mélodieuse, le Verdier d’Europe, l’Alouette des champs et le Pinson des arbres) se concentrent davantage sur les milieux agricoles durant l'hiver en comparaison au printemps, et 12 espèces (Tourterelle turque, Fauvette à tête noire, Mésange charbonnière) préfèrent les milieux urbains en hiver. « C’est l’accès aux ressources alimentaires qui détermine les préférences des oiseaux, explique Benoît Fontaine, chercheur au Musuém de Paris et responsable du pôle naturaliste de Vigie-Nature. Les champs offrent en effet des graines surtout au début de l’hiver et les villes, en plus d’un accès facilité à de la nourriture, apportent chaleur et sécurité vis-à-vis des prédateurs. »  

Le programme SHOC vient donc compléter son grand frère printanier et permettra d'améliorer nos connaissances sur l'état des populations hivernantes en France et le rôle de chaque habitat dans leur cycle de vie. C'est pourquoi il est important, non seulement de poursuivre ce suivi, d'augmenter le nombre de carrés mais aussi d’échantillonner tous les milieux comme le prévoit le protocole. Avec quatre années de suivi, il est encore trop tôt pour proposer des calculs de tendances pertinents, mais comme tous les suivis de biodiversité, le SHOC tire son intérêt de la répétition, année après année, de comptages effectués selon la même méthodologie.

SHOC © Hugo Struna-mnhn

Préparation du parcours avant le premier "passage à vide"

 

Depuis quand participez-vous au SHOC ?

Cela fait deux ans que je pratique en alternance le SHOC, en hiver, et le STOC, au printemps. Je prépare donc ma troisième saison hivernale. Si ma contribution est assez récente, mon goût pour l’ornithologie ne date pas d’hier. Je suis un amoureux de la nature depuis toujours, et plus encore de la montagne, où je passais tous mes étés à observer la biodiversité et faire des photographies. Lorsque j’ai dû mettre un terme à ces déplacements en raison de mon âge, je me suis alors rabattu sur les oiseaux. J’ai ensuite voulu me perfectionner. J’ai commencé à adhérer au Corif [Centre Ornithologique Ile-de-France], association qui m’a permis de faire des sorties ornithologiques et de suivre des formations ornithologiques. Reconnaître la forme du bec, les plumes, distinguer les différents chants… ma progression a été fulgurante ! On nous a un jour présenté le SHOC et le STOC. J’ai tout de suite adhéré. Je me sentais prêt à aller plus loin.

Comment se sont passées vos premières sorties SHOC ?

J’ai fait mes deux saisons SHOC au cœur de Pantin en Région parisienne, où j’habitais jusqu’à aujourd’hui. Contrairement au STOC où l’observation se fait à dix points fixes, le SHOC se pratique en marchant. Le but du jeu : noter tous les oiseaux rencontrés le long d’un parcours d’environ 3km – plus précisément sur 10 transects de 300 mètres. Une « promenade » qui me prend une bonne heure environ, en marchant tranquillement. Comme on peut l’imaginer, les observations dépendent de la qualité du milieu. A Pantin mon parcours traversait une zone très urbanisée contenant peu d’espèces. Heureusement, deux de mes transects passaient dans le cimetière de Pantin, un lieu exceptionnel où il m’arrivait de rencontrer pics, perruches, pinsons et bien d’autres espèces. J’y ai même croisé un renard l’année dernière ! Sinon, sorti de cette parenthèse enchantée, la biodiversité se limitait aux pigeons, corneilles, pies, mésanges et… c’est à peu près tout ! J’entends en effet souvent mes collègues parisiens expliquer qu’ils passent leur temps à « compter les pigeons. »

Et pourtant, vous allez encore braver le froid cet hiver pour faire vos comptages. Qu’est-ce qui vous motive ?

D’une manière générale j’aime beaucoup observer la nature en hiver. Voir arriver les hivernants, nous enchante tous. Lorsqu’au cours d’une sortie je croise le Fuligule milouin au lac des Minimes ou les Grives nordiques je me dis : « tiens, ils sont revenus ! ». Je me sens comme un gamin ! Mais si je participe au SHOC - en ce qui me concerne - c’est pour être utile à la recherche, car je crois vraiment à ces programmes participatifs. Je sais qu’il y a des scientifiques qui exploitent mes données. Nous avons eu un bel exemple l’année dernières avec les résultats du STOC qui faisaient état d’une baisse de 30% des oiseaux agricoles en 20 ans. J’ai ressenti une certaine fierté à avoir contribué modestement à ce travail. Dans ce contexte d’érosion accélérée de la biodiversité en général et aviaire en particulier, participer aux études sur les oiseaux hivernants est pour moi une nécessité. Et cela reste peu contraignant : une sortie en décembre et une en janvier suffisent, conformément au protocole.

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Carré SHOC de Michel avec les transects

 

Malgré votre pratique récente, comment a évolué la biodiversité que vous observez ?

Depuis 8 ans que j’observe les oiseaux, je vois clairement une évolution ! Aujourd’hui il y a des espèces qui restent tout l’hiver alors qu’il y a quelques années encore ils migraient en automne. Je me souviens d’une de mes toutes premières sorties ornitho’ au Bois de Boulogne, à la sortie de l’hiver. Je ne connaissais encore rien au sujet. Tout à coup j’entends un des participants crier : « une fauvette à tête noire ! » Il était enthousiasmé par ce tout petit oiseau à première vue banal. Rencontrer ce migrant, qui revient habituellement en été n’était pas courant à l’époque. C’était il y a 10 ans. Aujourd’hui on ne s’étonne plus d’en voir tout l’hiver... J’ai encore aperçu une fauvette à tête noire samedi dernier. Même constat pour le Pouillot véloce. Je note aussi que les espèces nordiques arrivent de plus en plus tard. On voyait jadis des Grives mauvis et litornes à cette saison, début décembre : c’est plus rare. Enfin il y a les oiseaux qui deviennent très rares comme la Sitelle torchepot, le Pic épeichette et même le merle dont j’ai l’impression d’en voir moins qu’avant. Alors que d’autre, au contraire, augmentent telles les Corneilles, les perruches ou les pigeons.

Nous sommes sur votre nouveau parcours pour faire un premier « passage à vide ». En quoi cela consiste ?

Je fais ce premier « passage à vide » afin de vérifier que le parcours que j’ai reporté sur Google Maps tient la route. Il faut qu’il n’y ait pas d’obstacles et que le milieu soit assez homogène et représente la typologie du carré de 2*2 km² qui m'a été attribué. Là nous sommes sur le premier transect dans un milieu arboré à la lisière du bois de Vincennes. Mais les 9 autres sont a priori urbanisés, il s’agit donc d’un parcours plutôt urbain globalement… Mais vu tout le « petit monde » que nous rencontrons depuis le début, ce nouveau parcours s’annonce fructueux. Verdict dans 15 jours pour le premier comptage !

 

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rougegorge_familier © michel sitterlin

Rouge-gorge familier rencontré par Michel en novembre au Bois de Boulogne